Origine et histoire de l'Abbaye Saint-Magloire
L’abbaye Saint-Magloire de Léhon, fondée au IXe siècle par Nominoë, fut d’abord un monastère en bois abritant les reliques de saint Magloire, transférées depuis l’île de Sercq. Détruite par les Vikings en 910, elle fut reconstruite en pierre vers 1008 par des moines revenus de Paris, où ils avaient fondé une abbaye sœur. Le prieuré devint royal après son rattachement à l’abbaye de Marmoutier, sous la tutelle des ducs de Bretagne et des rois de France.
Au XIIe siècle, Pierre Mauclerc entreprit une reconstruction majeure de l’abbaye, dont l’église abbatiale (1190-1210) présente une nef unique voûtée d’ogives et un chevet plat. L’abbaye, prospère grâce à ses terres et dîmes en Bretagne et en Angleterre, fut pillée en 1168 par Henri II d’Angleterre, puis reconstruite. Au XIVe siècle, elle abritait la chapelle sépulcrale des Beaumanoir, famille noble bretonne, et fut enrichie de vitraux et de gisants, dont ceux de Jean IV et Jean V de Beaumanoir.
Au XVIIe siècle, les Mauristes restaurèrent le cloître et les bâtiments conventuels, ajoutant une charpente en carène de bateau et un réfectoire doté d’une chaire de lecteur. L’abbaye déclina après sa suppression en 1767, vendue comme bien national en 1792. Transformée en brasserie puis en filature au XIXe siècle, elle fut partiellement restaurée entre 1885 et 1991, devenant église paroissiale et site muséal abritant gisants, chapiteaux romans et un orgue du XXe siècle.
Le trésor de l’abbaye inclut un reliquaire de saint Magloire, une statue du XIVe siècle, et des tissus liturgiques du XVIIIe. Les ruines conservent aussi des éléments médiévaux comme la porte du cimetière (XIVe siècle), des enfeux gothiques, et des vitraux des XIIIe-XIVe siècles, restaurés en 2016. Le site, classé monument historique dès 1875, illustre l’influence des ordres bénédictins et mauristes en Bretagne, ainsi que les liens entre pouvoir royal et aristocratie locale.
L’histoire de l’abbaye est marquée par des légendes, comme celle des six moines gallois ayant volé les reliques de saint Magloire pour obtenir des terres de Nominoë. Les archives révèlent aussi son rôle économique, avec des revenus issus de dîmes, moulins et bailliages dans plus de vingt paroisses bretonnes. Aujourd’hui, le musée de l’abbaye expose des chapiteaux romans, des livres anciens, et retrace cette histoire millénaire, entre spiritualité, pouvoir et patrimoine architectural.