Frise chronologique
XIe–XIIe siècle
Première mention écrite
Première mention écrite
XIe–XIIe siècle (≈ 1250)
Donation aux moines de Léhon par Trihan de Chatelaudren.
1840
Inscription à l’inventaire
Inscription à l’inventaire
1840 (≈ 1840)
Prosper Mérimée initie sa protection.
1889
Classement monument historique
Classement monument historique
1889 (≈ 1889)
Reconnaissance officielle de sa valeur patrimoniale.
2008
Création de l’association
Création de l’association
2008 (≈ 2008)
L’association *Le Temple de Lanleff* lance recherches et visites.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Rotonde dite Temple de Lanleff (ruines) : classement par liste de 1889
Personnages clés
| Trihan de Chatelaudren - Seigneur de Chatelaudren |
Auteur de la donation (XIe–XIIe siècle) aux moines. |
| Prosper Mérimée - Écrivain et archéologue |
Fait inscrire le monument en 1840. |
| Jean-Baptiste Ogée - Géographe du XVIIIe siècle |
Décrit le monument en 1778 dans son dictionnaire. |
| Olivier Pagès - Chercheur en histoire de l’art |
A nommé la sculpture *Adam pudique*. |
Origine et histoire
Les ruines de la rotonde dite Temple de Lanleff, situées à Lanleff dans les Côtes-d’Armor, constituent un édifice roman exceptionnel par son plan circulaire, inspiré du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Bien que souvent associé à des hypothèses fantaisistes (temple romain, gaulois ou templier), il s’agit en réalité d’une des premières rotonde mariale d’Europe, construite entre le Xe et le XIe siècle. Son architecture, composée de deux enceintes concentriques séparées par un déambulatoire, et ses 120 sculptures expressives (représentations humaines, animales, motifs géométriques) en font un joyau de l’art roman breton. Les chapiteaux et bases de colonnes, comme l’Adam pudique aux doigts démesurés, témoignent d’un savoir-faire artistique rare pour l’époque.
Le premier document mentionnant l’église Sainte-Marie de Lanleff date du XIe–XIIe siècle : un acte de donation non daté des moines de Léhon par Trihan de Chatelaudren, postérieur à 1061 mais antérieur à 1148. Après des siècles d’oubli, l’édifice est redécouvert au XVIIIe siècle par Jean-Baptiste Ogée, qui en décrit la structure double et les colonnes ornées. Prosper Mérimée, lors d’un voyage en Bretagne, le fait inscrire à l’inventaire des monuments historiques en 1840 avant son classement définitif en 1889. Au XIXe siècle, les ruines servaient de vestibule à l’église paroissiale Sainte-Marie, construite en 1859 à proximité.
Les débats sur la datation exacte persistent : certains spécialistes proposent la fin du IXe siècle en raison du style archaïque des sculptures, tandis que d’autres privilégient le Xe siècle, soulignant la maîtrise spatiale et murale de l’édifice. Aujourd’hui, il ne subsiste qu’une partie de l’enceinte extérieure, avec deux des trois absidioles d’origine. L’association Le Temple de Lanleff, créée en 2008, mène des recherches et organise des visites pour percer les mystères de ce monument, symbole du patrimoine religieux breton et de l’influence des pèlerinages médiévaux vers Jérusalem.
Lanleff, trève de Lanloup sous l’Ancien Régime, appartenait au comté du Goëlo et à l’évêché de Dol. La commune, érigée en 1790, a payé un lourd tribut lors de la Première Guerre mondiale (14 morts, dont 4 marins), mais aucun pendant la Seconde. Le Temple, souvent appelé à tort temple des Templiers bien qu’aucune preuve ne lie l’ordre à ce site, illustre l’importance des édifices circulaires dans l’architecture religieuse bretonne, comme l’abbatiale Sainte-Croix de Quimperlé. Son grès rose et ses voûtes en berceau, parmi les plus anciennes de la région, en font un témoignage unique de l’innovation romane en Bretagne.
Les hypothèses sur sa fonction originale (baptistère, église seigneuriale, lieu de culte marial) restent ouvertes. Les fouilles et études stylistiques révèlent cependant une destination probablement religieuse, liée au culte marial naissant au Moyen Âge. Les colonnes engagées, les arcades plein cintre et les fenêtres étroites de l’enceinte extérieure trahissent une volonté de monumentalité, malgré la modestie des dimensions (30 pieds de diamètre). Classé monument historique depuis 1889, le site est aujourd’hui propriété de la commune et fait l’objet de protections strictes, tout en restant accessible au public pour des visites guidées.
La région, marquée par un climat océanique doux et des paysages de schiste talqueux, était sous l’Ancien Régime un territoire de domaines congéables (les Convenant locaux) et de petites seigneuries. Lanleff, enclavée dans l’évêché de Saint-Brieuc mais dépendante de Dol, reflète les tensions géopolitiques bretonnes médiévales. Le Temple, avec ses sculptures aux influences variées (celtes, carolingiennes, orientales), pourrait aussi témoigner des échanges culturels liés aux routes maritimes et aux pèlerinages, dans une Bretagne alors tournée vers l’Angleterre et la Méditerranée.