Origine et histoire de la Tour génoise
La tour de la Mortella fut construite en 1553 par l’amiral génois Andrea Doria pendant la guerre de Corse, dans le cadre des fortifications défensives du golfe de Saint-Florent. Située sur la punta Mortella, elle contrôlait l’accès maritime et abritait une garnison permanente financée par la Camera génoise, jouant aussi un rôle de poste douanier. Son importance stratégique en fit une cible récurrente lors des conflits entre Gênes, la France et les indépendantistes corses.
En 1760, Pascal Paoli, chef de la résistance corse, ordonna de tirer sur la tour pour affaiblir les positions génoises. Pendant la Révolution française, elle changea plusieurs fois de mains : prise par les Anglais en 1793, reprise par les Français en 1794, puis à nouveau capturée par les Britanniques. L’amiral Horatio Nelson, impressionné par sa conception, en fit relever les plans pour inspirer la construction des tours martello sur les côtes britanniques et irlandaises au début du XIXe siècle.
Architecturalement, la tour circulaire comportait trois niveaux et une terrasse crénelée avec mâchicoulis. Le rez-de-chaussée abritait une citerne, tandis que les étages supérieurs, aujourd’hui partiellement effondrés, étaient reliés par un escalier intérieur disparu. Les murs, inclinés à 13° vers l’extérieur au-dessus d’un cordon, reflètent une technique de construction défensive typique de la Renaissance. Classée monument historique en 1991, elle se dresse aujourd’hui à l’état de ruines, témoin des luttes pour le contrôle de la Corse.
Son histoire s’inscrit dans celle plus large de Saint-Florent, fondée par les Génois au XVIe siècle comme place forte face aux ambitions françaises et ottomanes. La ville, avec son golfe profond et ses salines, fut un enjeu majeur lors des sièges de 1553-1554, où Français et Génois s’affrontèrent pendant huit mois. La tour de la Mortella, bien que ruinée, reste un symbole de cette rivalité et de l’ingéniosité militaire génoise.
Au XVIIIe siècle, elle fut intégrée au dispositif défensif de Pascal Paoli, qui fit construire la tour de Fornali nearby pour contrôler la navigation. Les Anglais, alliés aux Corses lors de l’éphémère royaume anglo-corse (1794-1796), s’en emparèrent à deux reprises. Son déclin commença après les destructions successives et l’abandon progressif des systèmes de tours côtières au XIXe siècle.
Aujourd’hui, les ruines de la tour de la Mortella, propriété publique, sont accessibles depuis la punta Mortella, près du phare moderne. Elles offrent un panorama sur le golfe de Saint-Florent et rappellent l’importance stratégique de ce site, où se croisèrent les destins de la Corse, de Gênes, de la France et de l’Angleterre.