Origine et histoire des Ruines gallo-romaines
Le site archéologique des ruines gallo-romaines d'Herbord, sur la commune de Sanxay (Vienne), regroupe plusieurs constructions datées des Ier et IIe siècles et est présenté comme un vaste sanctuaire rural lié au culte des eaux guérisseuses, centré sur un temple à cella octogonale, un théâtre (ou amphithéâtre) gallo‑romain et des installations thermales accompagnées de bâtiments d'accueil. Le site, beaucoup plus étendu que les vestiges visibles, couvre au moins vingt hectares ; il a été fouillé entre 1881 et 1883 par le père Camille de La Croix puis remblayé ; seuls le temple, le théâtre et le sanctuaire des eaux sont aujourd'hui visibles et ont été classés comme monuments historiques dès 1882.
Les vestiges se situent au lieudit Les Craches, hameau d'Herbord, à l'ouest de Sanxay, en limite du département des Deux‑Sèvres ; la Vonne, affluent du Clain, traverse le site et la plupart des aménagements se trouvent dans l'anse d'un méandre sur la rive gauche, tandis que le théâtre et un petit fanum occupent la rive droite.
Le temple présente une originalité notable : sa cella est octogonale, pouvant s'inscrire dans un cercle de 13 mètres et susceptible d'avoir été couverte d'une coupole. Une source jaillit au niveau des fondations sud‑est, elles-mêmes formées de grands blocs disposés pour capter l'eau. Le portique périphérique adopte la forme d'une croix grecque dont chaque branche dépasse dix mètres de largeur et est bordée d'une colonnade d'environ huit mètres de haut soutenant des toits à deux pans ; par comparaison avec d'autres temples de Gaule, une hauteur totale d'ensemble de l'ordre de 23 mètres est envisageable. Un péribole presque carré de 79 × 76 mètres délimite une esplanade d'environ 4 000 m² : le sol des portiques et de la galerie du temple est surélevé d'environ un mètre par rapport à la cour, l'accès oriental s'effectue par trois escaliers et une galerie ouest semble fermée par un mur ; un souterrain diagonal relie la cella à l'angle sud‑est du péribole et se prolonge vers un bassin, assurant apparemment le drainage.
Le théâtre, implanté sur la rive droite à flanc de pente, a tiré parti du relief pour adosser la cavea, limitant ainsi les travaux de maçonnerie. De plan semi‑circulaire outrepassé et large de 89 mètres, il pouvait accueillir près de 6 600 spectateurs ; la cavea domina une orchestra circulaire d'environ 20 mètres de diamètre et une petite scène s'ouvrait face à elle. Les gradins étaient supportés par des murs et probablement complétés par des gradins en bois ; l'édifice associe des caractéristiques des théâtres et des amphithéâtres, le rattachant au groupe des spectacles dits « ruraux ». Les fouilles du XIXe siècle ont livré 143 fragments d'inscriptions dont plus d'une centaine ont été perdus, et les perturbations de la stratigraphie réalisées alors compliquent l'interprétation des observations ultérieures.
Le sanctuaire des eaux a connu au moins huit états successifs, dont seule la partie orientale a été fouillée en détail. Les premières étapes montrent un péribole comportant trois niches, puis l'édification d'une cella, suivie d'une configuration rare à deux cellae mitoyennes (26,60 × 14,80 m au total) interprétée comme liée au culte des eaux guérisseuses. Les états suivants traduisent une orientation progressive vers des usages thermaux : deux établissements, puis la transformation des anciennes cellae en bassins chauds (un bassin rond et un bassin carré), des agrandissements et remaniements accompagnant la création de nouveaux bassins, jusqu'à l'enfilade de petites pièces nord‑est, décrite dans les relevés du XIXe siècle, correspondant à des thermes au fonctionnement plus « classique ». L'absence de certains éléments usuels des thermes, comme un frigidarium dans l'un des bâtiments, laisse penser que l'ensemble a d'abord accueilli des curistes plutôt que de fonctionner comme un établissement thermal de type urbain.
Les fouilles de 1881‑1883 ont également révélé de nombreux bâtiments enfouis sur les vingt hectares, la plupart réenchâssés sous terre après les campagnes ; il s'agit majoritairement d'habitations, certaines de petite taille et d'autres suffisamment vastes pour être interprétées comme des hôtelleries destinées aux pèlerins ou aux curistes. Un grand bassin relié au temple par un souterrain pouvait avoir une vocation à la fois fonctionnelle et sacrée ; à l'est du péribole se trouve une vaste esplanade portant une construction assimilable à une tholos, peut‑être funéraire, et la cella du temple octogonal, la tholos et le fanum de la rive droite respectent un alignement ouest‑est. De La Croix a aussi identifié en bordure de la Vonne un bâtiment débouchant sur un aménagement de berge interprété comme un balnéaire permettant la baignade dans la rivière. De nombreux objets découverts lors des fouilles ont été perdus mais d'autres sont conservés au musée Sainte‑Croix de Poitiers : monnaies romaines (Ier‑IIIe siècle), céramiques, bijoux, objets ménagers, ainsi que des statues en bronze (Mercure) et en terre cuite (Vénus d'Augustodunum).
Les trouvailles monétaires indiquent une occupation dès la fin du Ier siècle av. J.‑C.; vers le milieu du Ier siècle de notre ère on situe la construction du temple octogonal, des premiers bâtiments du sanctuaire et des premières habitations en dur. Le site atteint son apogée au IIe siècle avec l'édification du temple à double cella et le développement des installations thermales, les agrandissements se succédant jusqu'à la fin du IIe siècle ; la fréquentation semble ensuite diminuer et aucune construction n'est attribuée au IIIe siècle, déclin parfois lié aux crises du IIIe siècle ou à la montée du christianisme aux siècles suivants. Les vestiges visibles sont désormais sous la tutelle du Centre des monuments nationaux et ouverts au public.
La connaissance moderne du site s'est construite progressivement : relevés initiaux datent du milieu du XIXe siècle, puis les déblais systématiques du père Camille de La Croix (1881‑1883) ont donné des plans, dessins et publications mais ont aussi entraîné des pertes d'information en raison des techniques et de la documentation de l'époque ; des acquisitions étatiques et relevés par Jean‑Camille Formigé et son fils ont suivi, ainsi que des fouilles ponctuelles en 1938 et 1940 et des sondages dans les années 1970. Entre 1985 et 1994, la mise en valeur conduite sous la direction de Pierre Aupert a permis de reprendre les fouilles dans le sanctuaire, le temple et le théâtre et de revoir l'interprétation des thermes, aboutissant à une synthèse publiée ; depuis 1998, les trois ensembles visibles font l'objet de relevés précis et d'études approfondies.