Origine et histoire de Champlieu thermes romaines
Les ruines gallo-romaines de Champlieu, situées sur la commune d’Orrouy (Oise, Hauts-de-France), sont un site archéologique classé monument historique depuis 1846. Implanté à 2 km au nord du village actuel, sur un plateau à plus de 130 m d’altitude, le site comprend trois édifices distincts : un théâtre en hémicycle (capacité : 3 000 places), des thermes du IIe siècle, et un temple romano-celtique évoluant depuis la période pré-romaine (La Tène, IIe-Ier siècle av. J.-C.). Ces vestiges, traversés par la chaussée Brunehaut, suggèrent l’existence d’un vicus (petite agglomération) ou d’un sanctuaire rural lié aux Suessions, peuple gaulois de la région.
Les premières mentions du site remontent au XVIe siècle, avec des descriptions vagues évoquant des « ruines considérables ». L’abbé Claude Carlier, au XVIIIe siècle, mène les premières fouilles sommaires et déplore la destruction partielle des vestiges pour l’agriculture. Au XIXe siècle, des fouilles privées (M. Georgette du Buisson, 1820-1826) et étatiques (dirigées par Eugène Viollet-le-Duc en 1850 sous Napoléon III) révèlent des objets ritualisés (monnaies, bas-reliefs, chapiteaux) et dégagent partiellement le temple et le théâtre. Les thermes, identifiés plus tard (1862-1868), complètent la compréhension du site, bien que leurs résultats ne soient publiés qu’au XXe siècle.
Les campagnes modernes (1977-1981) confirment la superposition de trois temples sur le même emplacement : un sanctuaire pré-romain en bois (La Tène), un fanum romanisé (Ier siècle av. J.-C.), et un temple en pierre sur podium (IIe siècle). Le théâtre, contemporain du premier fanum, et les thermes, construits sur un ancien quartier artisanal, illustrent l’urbanisation progressive du site. Malgré des restaurations controversées (notamment au XIXe siècle) et des pillages récurrents (détecteurs de métaux), le site reste accessible librement. Aujourd’hui, seuls subsistent des vestiges fragmentaires : le chéneau du temple, les bases des murs des thermes, et la structure partielle du théâtre, dont les gradins supérieurs.
Le mobilier archéologique, autrefois conservé in situ, a été transféré au Musée Antoine Vivenel de Compiègne dans les années 1970 pour le protéger des vols et de l’érosion. Les blocs sculptés (frontons mythologiques, colonnes cannelées) et les objets rituels (lacrymatoires, médailles de Dioclétien) témoignent d’une influence hellénistique et d’une activité artisanale et commerciale intense. L’hypothèse d’un camp militaire romain voisin, avancée dès le XIXe siècle, reste débattue, bien que des fours de potiers et des armures en fer aient été découverts.
Le site de Champlieu soulève des questions sur sa nature exacte : conciliabulum (sanctuaire imposé par Rome), forum (développement local), ou simple vicus (bourg rural). Les photographies aériennes révèlent un début de quadrillage urbain, mais l’habitat semble dispersé, centré autour des édifices publics. La chaussée Brunehaut, voie antique antérieure à l’agglomération, a joué un rôle clé dans son implantation, malgré un tracé moins direct que d’autres routes romaines de la région. L’abandon du gardiennage en 1981 a accru la vulnérabilité du site, aujourd’hui protégé par des patrouilles de gendarmerie.
Les interprétations architecturales restent partiellement spéculatives, notamment pour le temple, dont le péristyle fermé (mur ajouré de baies) surprend les archéologues. Ce choix pourrait s’expliquer par la qualité médiocre du calcaire local, inadapté à des colonnes isolées. Le théâtre, surnommé « fer à cheval » pour sa forme, et les thermes, dotés d’un hypocauste et de baignoires en ciment, reflètent une romanisation avancée, tout en conservant des traits locaux. L’absence de vomitoires (passages pour spectateurs) dans le théâtre s’explique par sa taille modeste, tandis que les carceres (loges) et sacella (chapelles) n’ont jamais été attestés.