Origine et histoire
Les ruines gallo-romaines de Champlieu, situées sur le plateau d’Orrouy (Oise, Hauts-de-France), à 15 km au sud de Compiègne, sont un ensemble archéologique majeur datant principalement du IIe siècle. Le site, classé monument historique dès 1846, comprend trois édifices distincts : un théâtre en hémicycle (capacité de 3 000 places), des thermes luxueux avec hypocauste, et un temple romano-celtique édifié sur un podium. Ces vestiges, traversés par la chaussée Brunehaut, suggèrent l’existence d’un vicus (bourg rural) ou d’un conciliabulum (sanctuaire isolé), habité par les Suessions, peuple gaulois romanisé.
Les premières mentions du site remontent au XVIe siècle, avec des descriptions vagues évoquant des « ruines antiques ». L’abbé Claude Carlier, au XVIIIe siècle, mène les premières fouilles sommaires et déplore la destruction partielle des vestiges pour l’agriculture. Au XIXe siècle, des explorations plus systématiques sont menées, notamment par Eugène Viollet-le-Duc (1850-1860), qui dégagent le théâtre et le temple, bien que ses interprétations architecturales soient aujourd’hui contestées. Les thermes, identifiés plus tard, révèlent des techniques balnéaires romaines avancées (hypocauste, mosaïques, baignoires en ciment).
Les fouilles modernes (1977-1981) confirment une occupation continue depuis la Tène finale (IIe-Ier siècle av. J.-C.), avec un sanctuaire pré-romain remplacé par des fanums (temples gallo-romains) avant l’édification du temple du IIe siècle. Le théâtre, contemporain du premier fanum, et les thermes, construits ultérieurement, illustrent l’essor du site sous l’Empire. Malgré des pillages répétés (notamment après l’abandon du gardiennage en 1981), les vestiges subsistants – mur du théâtre, fondations des thermes, chéneau du temple – offrent un aperçu rare de la vie religieuse, sociale et thermique en Gaule romaine.
Le site, propriété du Conseil départemental de l’Oise depuis 2007, est aujourd’hui en accès libre. Les objets sculptés rescapés (bas-reliefs, chapiteaux) sont conservés au Musée Antoine Vivenel de Compiègne. Les hypothèses sur un éventuel camp militaire romain adjacent, évoqué dès le XIXe siècle, restent non confirmées par l’archéologie. Champlieu incarne ainsi un exemple emblématique de la romanisation des campagnes gauloises, entre culte, thermalisme et urbanisme rural.
L’interprétation du site oscille entre celle d’un vicus (bourg artisanal et agricole) et d’un sanctuaire rural isolé (conciliabulum). Les photos aériennes révèlent des traces d’habitations dispersées le long de la chaussée Brunehaut, artère majeure reliant Senlis à Soissons. L’absence de fouilles exhaustives des quartiers d’habitation limite cependant la compréhension de son organisation sociale. Les thermes, avec leur vestibule à péristyle et leurs salles chauffées, témoignent d’un niveau de vie élevé, tandis que le théâtre, dépourvu de vomitoires, suggère des spectacles locaux à échelle réduite.
La conservation du site pose un défi majeur : les terres agricoles environnantes recèlent encore des fondations enfouies, mais leur acquisition pour élargir le périmètre protégé n’a pas été réalisée. Les restaurations passées, comme celle de 1992 imitant les murs senlisiens, ont parfois altéré l’authenticité des vestiges. Malgré ces enjeux, Champlieu reste un lieu clé pour étudier la transition entre cultures celtique et romaine dans le nord de la Gaule.