Origine et histoire des Salines
Les salines de Salins-les-Bains, situées dans le département du Jura, sont parmi les plus anciennes connues, avec une exploitation du sel remontant à environ 7 000 ans. Ce site industriel, en activité jusqu’en 1962, illustre l’évolution des techniques de production du sel par évaporation de la saumure, utilisant des sources d’eau salée captées à 250 mètres de profondeur. Les salines étaient divisées en deux ensembles principaux : la grande Saline (ou grande Saunerie), propriété des comtes de Bourgogne dès le XIIIe siècle, et la petite Saline, détenue par des établissements religieux et des laïcs. Ces installations, alimentées par des puits comme le puits à Muire ou le puits d’Amont, jouaient un rôle économique majeur pour la région, employant jusqu’à 1 000 ouvriers au Moyen Âge pour produire 3 000 tonnes de sel annuellement.
Au fil des siècles, les salines ont connu des transformations techniques et politiques. Au XIIe siècle, Salins exploitait trois salines, dont la Chauderette de Rosières, liée aux abbayes cisterciennes. La domination des Habsbourg au XVIe siècle et la gestion par fermage à partir de 1601 marquent un tournant. Au XVIIIe siècle, la baisse de productivité et le besoin en bois conduisent à la construction de la saline royale d’Arc-et-Senans (1775-1779), reliée par un saumoduc de 21 km. Les salines de Salins, modernisées au XIXe siècle avec des poêles rectangulaires et des sondages, ferment définitivement en 1962, avant d’être rachetées par la commune en 1966.
Le site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2009 en complément d’Arc-et-Senans, comprend des galeries souterraines, des ateliers de fabrication, et des bâtiments comme la salle des poêles ou le magasin des sels. Aujourd’hui, il abrite un musée du Sel et continue de fournir de la saumure pour les thermes locaux et le déneigement des routes. Les vestiges, dont la tour de Reculot et les puits souterrains, témoignent de son histoire industrielle et de son importance économique pour la Bourgogne-Franche-Comté. Les conflits autour du prix du sel, comme en 1440, ou les innovations techniques, comme les pompes de Vincent Bébian, soulignent son rôle central dans la région.
L’architecture des salines mêle des éléments médiévaux (galerie voûtée du XIIIe siècle, enceintes fortifiées) et des reconstructions du XVe siècle ou du XIXe siècle, après des incendies (1825, Seconde Guerre mondiale). La grande Saline, délimitée par une enceinte aujourd’hui disparue, incluait ateliers, logements, chapelle, et prisons. La petite Saline, détruite en 1853, a laissé place à un établissement thermal. Le site, propriété communale depuis 1966, est ouvert au public et abrite aussi un casino, un office de tourisme, et des espaces verts.
Les salines de Salins-les-Bains étaient organisées autour de deux puits principaux : le puits à Muire (petite saline) et les puits d’Amont et à Grès (grande saline), reliés par une galerie souterraine. L’extraction utilisait des norias jusqu’au XVIIIe siècle, remplacées par des pompes hydrauliques. Le sel, produit en pains de 2 à 3 livres, était vendu sous différentes appellations (sel de Rosière, sel Lombarde). Les seigneurs rentiers (abbés, bourgeois) et les comtes de Bourgogne se partageaient les profits, tandis que des conflits éclataient autour des prix, comme en 1440, lorsque la grande saline perdit 6 000 charges de sel à cause de la concurrence déloyale.
Après la Révolution, les salines deviennent propriété nationale en 1790, puis sont privatisées en 1843. Malgré des projets de regroupement refusés (1847, 1855), elles intègrent en 1862 le syndicat de Nancy, un cartel de producteurs de sel. Leur activité décline au XXe siècle, avec une production intermittente de 1940 à 1962. Classées Monument historique en 1971 et 2009, les salines conservent des installations fonctionnelles, comme des poêles d’évaporation et des mécanismes de pompage, offrant un témoignage unique de l’industrie salinière traditionnelle. Leur saumure, exceptionnellement concentrée (330 g/l), reste exploitée aujourd’hui.