Origine et histoire du Sanatorium
Le sanatorium d'Aincourt fut édifié entre 1931 et 1933 par les architectes Édouard Crevel et Paul Decaux pour lutter contre la tuberculose pulmonaire, alors en recrudescence en Seine-et-Oise. Situé sur la colline de la Bucaille, ce complexe de 73 hectares comprenait trois pavillons de cure (hommes, femmes, enfants) et des bâtiments annexes, conçus pour accueillir 430 patients. Son architecture fonctionnaliste, inspirée des paquebots, intégrait des terrasses-solariums et des galeries incurvées, symboles des avancées médicales et architecturales de l’époque.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le sanatorium fut réquisitionné en octobre 1940 pour devenir un camp d’internement administratif sous l’autorité du préfet Marc Chevalier. Entre 1940 et 1942, environ 1 500 prisonniers politiques, résistants et communistes y furent détenus, dont les députés Fernand Grenier et Jean Duclos. Beaucoup furent déportés vers Auschwitz ou Buchenwald. Le camp ferma en septembre 1942, remplacé brièvement par un centre d’entraînement des Groupes mobiles de réserve (GMR) jusqu’en 1943.
Après la guerre, le sanatorium rouvrit en 1946 et s’adapta aux progrès médicaux, comme l’arrivée des antibiotiques. Un bloc opératoire fut inauguré en 1955, et le site évolua vers une vocation pluridisciplinaire, incluant un centre de rééducation. Dans les années 1970, un jardin japonais fut aménagé par le docteur Hamon, s’inspirant des préceptes du Sakutei-ki. Cependant, la désaffection progressive des pavillons, fermés entre 1987 et 2001, entraîna pillages et dégradations, malgré leur inscription aux monuments historiques en 1999.
Aujourd’hui, une partie du site abrite le Groupement hospitalier intercommunal du Vexin, tandis que les pavillons abandonnés, comme celui du Docteur-Vian, servent occasionnellement de décors cinématographiques. Des projets de réhabilitation sont envisagés, notamment pour transformer le pavillon Bonnefoy-Sibour en résidence pour personnes âgées. Une stèle commémorative rappelle le sort des internés, et une cérémonie annuelle honore leur mémoire chaque premier samedi d’octobre.
L’ensemble architectural, représentatif du style international des années 1930, se distingue par ses lignes épurées et ses innovations techniques, comme l’usage du béton armé et des dalles de verre. Classé monument historique, il témoigne à la fois des avancées sociales de l’entre-deux-guerres et des sombres heures de l’Occupation. Son déclin reflète aussi les défis de la préservation du patrimoine hospitalier du XXe siècle, aujourd’hui menacé par l’abandon et les projets immobiliers.