Origine et histoire du Sanctuaire de Cybèle
Le site appelé insula basilicale ou sanctuaire de Cybèle se trouve dans le quartier antique de Fourvière à Lyon, surplombant le théâtre romain. Découvert en 1704 avec un autel taurobolique daté de l’an 160, il fut initialement interprété comme un temple dédié à Cybèle par les premiers archéologues, dont Philippe Fabia et Camille Germain de Montauzan en 1925. Ces derniers identifièrent des substructions épaisses et un mur de 53 mètres, renforçant l’hypothèse d’un sanctuaire. Cependant, les fouilles d’Amable Audin (1965-1978) révélèrent une stratification complexe, avec une insula basilicale antérieure (Ier siècle) composée d’une basilique civile et de locaux administratifs, abandonnée vers 121-150, puis recouverte par un réservoir lié à l’aqueduc du Gier vers 120.
Les recherches d’Armand Desbat (1991-2003) remirent en cause l’interprétation cultuelle. Selon lui, les vestiges correspondent à une riche domus transformée en édifice public vers 20 av. J.-C., peut-être le prétoire d’Agrippa ou le palais du gouverneur de Lugdunum. Le réservoir du IIe siècle, associé à l’aqueduc du Gier, fut détruit vers 160 pour une construction non identifiée, initialement supposée être le temple de Cybèle. L’absence de preuves épigraphiques ou statuaires, ainsi que la datation des structures autour de 10 apr. J.-C., invalident cette hypothèse. L’autel taurobolique de 160, seul indice du culte de Cybèle, n’est pas lié avec certitude au site, ce culte n’étant attesté à Lyon qu’à partir de l’empereur Claude (41-54).
Les vestiges, classés Monument historique en 1983, révèlent trois phases majeures : des habitations en terre et bois (âge du bronze, 1150-1050 av. J.-C.), un palais augustéen (vers 20 av. J.-C.) aux aménagements luxueux (bains privés, mosaïques), et un édifice public indéterminé (début Ier siècle). La dernière phase, un quadrilatère de 63×53 m, pourrait avoir abrité un collège, une schola, ou un entrepôt, mais son usage reste inconnu. Les débats entre Audin, Desbat, Turcan et Pelletier illustrent la complexité d’interprétation d’un site où se superposent 1 500 ans d’occupation, de l’âge du bronze à l’Antiquité tardive.
L’occupation la plus ancienne, attestée par une fosse asymétrique contenant des céramiques du bronze final (1150-1050 av. J.-C.), révèle des liens avec la culture Rhin-Suisse-France orientale. Cette découverte isolée contraste avec les phases romaines ultérieures, marquées par une urbanisation dense et des constructions monumentales. Le site, voisin du théâtre et de l’odéon antiques, témoigne de l’importance stratégique de Fourvière, cœur politique et religieux de Lugdunum, capitale des Gaules sous l’Empire romain.
Les hypothèses sur la destination finale du site (IIe siècle) incluent un macellum, une caserne, ou un sanctuaire oriental, mais aucune preuve tangible ne permet de trancher. La présence de fosses remplies de déchets de banquets suggère une fonction collective, peut-être liée aux élites locales ou aux cultes impériaux. Le classement de 1983 protège un ensemble archéologique exceptionnel, où se croisent histoire urbaine, architecture domestique et enjeux religieux, reflétant l’évolution de Lyon de l’âge du bronze à l’apogée romain.