Origine et histoire du Séminaire
Le séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux est une institution ecclésiastique fondée au XVIIe siècle par Jean-Jacques Olier, destinée à la formation des prêtres. Installé sur un domaine acquis en 1655 par Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers, successeur d’Olier, le site était à l’origine un logis seigneurial ayant appartenu à Marguerite de Valois (1606-1615), puis à Louis XIII. Le lieu devint un centre d’études théologiques et philosophiques, accueillant des figures majeures comme Bossuet, Fénelon et Talleyrand lors des célèbres Entretiens d’Issy (1694-1695).
Le domaine, unique grand ensemble de l’Ancien Régime conservé dans son intégralité, a subi des transformations majeures après la Révolution et la Commune de Paris (1871). Les bâtiments actuels mêlent des éléments anciens – comme le nymphée italien (XVIIe siècle), le bassin circulaire (XVIIIe siècle) et un passage voûté du XVIe siècle – à des reconstructions postérieures, dont la grande chapelle néo-classique (1898-1901) ornée de vitraux de Félix Gaudin. Le site abrite aussi des vestiges historiques, comme les cellules de l’archevêque Georges Darboy et du séminariste Paul Seigneret, fusillés en 1871, reconstituées dans la crypte.
Classé et inscrit aux monuments historiques en 1995-1996, le séminaire reste un lieu de formation interdiocésaine, dirigé par la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Son parc, ses chapelles (Notre-Dame-de-Toutes-Grâces, Lorette, Solitude) et son nymphée, où eurent lieu les débats entre Fénelon et Bossuet, témoignent de son rôle intellectuel et spirituel depuis quatre siècles. Le domaine a également accueilli des personnalités marquantes, comme Ernest Renan ou le cardinal de Fleury, et forme aujourd’hui des séminaristes de plusieurs diocèses français et étrangers.
L’histoire du séminaire est aussi liée à des événements tragiques : la destruction partielle pendant la Commune, la relocation forcée depuis Paris en 1905 (loi de séparation des Églises et de l’État), et la mémoire des ecclésiastiques morts durant la Première Guerre mondiale, honorés par un monument érigé vers 1920. Malgré ces bouleversements, le site a préservé son unité architecturale et son rayonnement, comme en attestent ses restaurations récentes et son classement patrimonial.
Parmi les éléments remarquables, le tunnel du XVIe siècle, reliant le bâtiment principal au pavillon de Lorette, et l’édicule Saint-Joseph, classé avec le passage souterrain sous la rue Minard, soulignent l’ingéniosité des aménagements anciens. Les pierres utilisées pour les reconstructions du XIXe siècle proviennent des carrières de Clamart, tandis que les vitraux de la grande chapelle, œuvres de Léon Tournel, illustrent l’art sacré de l’époque. Le séminaire reste un symbole de la continuité religieuse et culturelle en Île-de-France.