Frise chronologique
Ve siècle av. J.-C.
Nécropole hallstattienne
Nécropole hallstattienne
Ve siècle av. J.-C. (≈ 451 av. J.-C.)
Premières sépultures sous tumulus et mégalithes.
Ier siècle av. J.-C. - Ier siècle apr. J.-C.
Transition protohistorique/romaine
Transition protohistorique/romaine
Ier siècle av. J.-C. - Ier siècle apr. J.-C. (≈ 51 av. J.-C.)
Dépôts d’armes laténiens et début urbanisation.
Fin Ier siècle apr. J.-C.
Construction du complexe monumental
Construction du complexe monumental
Fin Ier siècle apr. J.-C. (≈ 195)
Théâtre, temples, forum-marché et thermes édifiés.
IIe-IIIe siècles
Apogée du site
Apogée du site
IIe-IIIe siècles (≈ 350)
Agrandissements et utilisation intensive des monuments.
IVe siècle
Abandon du site
Abandon du site
IVe siècle (≈ 450)
Fin des activités religieuses et commerciales.
1875
Premières fouilles archéologiques
Premières fouilles archéologiques
1875 (≈ 1875)
Identification du théâtre par Gustave de Cougny.
1975
Classement en site naturel
Classement en site naturel
1975 (≈ 1975)
Protection légale du site archéologique.
1991
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
1991 (≈ 1991)
Protection complète des vestiges gallo-romains.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Théâtre gallo-romain de Cherré (cad. N 110) : classement par arrêté du 27 juillet 1982
Personnages clés
| Gustave de Cougny - Président de la Société française d’archéologie |
Identifia le théâtre en 1875. |
| Claude Lambert - Archéologue, responsable des fouilles |
Dirigea les campagnes de 1976 à 2006. |
| Jean Rioufreyt - Archéologue, co-responsable des fouilles |
Collabora avec Lambert sur le site. |
| François Liger - Historien local |
Publia une étude controversée en 1896. |
| Adrien Percheron de Monchy - Chercheur en archéologie |
Étudia les thermes et le forum (1965-1966). |
Origine et histoire
Le site archéologique de Cherré, situé dans le hameau d'Aubigné-Racan (Sarthe, Pays de la Loire), est un complexe protohistorique et antique d’une quarantaine d’hectares. Occupé dès l’âge du bronze, il devient une nécropole hallstattienne puis laténienne, marquée par des tumulus, des sépultures et des dépôts d’armes rituels. À partir de la fin du Ier siècle, les Romains y édifient un ensemble monumental : un théâtre de 3 000 places, un marché-forum, deux temples (dont un inspiré de la Maison Carrée de Nîmes), des thermes et un aqueduc de 4,5 km. Le site, dédié au culte impérial ou guerrier, connaît son apogée aux IIe-IIIe siècles avant d’être abandonné au IVe siècle.
Les fouilles, initiées en 1875 par Gustave de Cougny et approfondies entre 1976 et 2006 par Claude Lambert et Jean Rioufreyt, ont révélé une occupation saisonnière sans habitat permanent. Les monuments, pillés au Moyen Âge pour construire des églises romanes locales, furent partiellement protégés à partir de 1975 (classement en site naturel) et 1991 (inscription aux Monuments Historiques). Le conseil départemental de la Sarthe, propriétaire depuis 2002, a aménagé le site pour le public, avec des visites guidées et des ateliers pédagogiques.
L’origine du toponyme Cherré pourrait remonter au latin carrus (char), évoquant une voie antique fréquentée. Le site, situé à un carrefour territorial entre les peuples gaulois des Andécaves, Cénomans et Turons, illustre une transition entre les pratiques cultuelles celtiques (dépôts d’armes, enclos funéraires) et l’urbanisation romaine. Son déclin, entre le IIIe et IVe siècles, coïncide avec des crises politiques, économiques et l’émergence du christianisme.
Parmi les découvertes majeures figurent un buste en bronze d’Amour (Ier siècle), une villa voisine appartenant peut-être à un notable évergète, et des nécropoles mérovingiennes réutilisant l’espace sacré. Les thermes, abandonnés précocement, et le théâtre, remanié au IIe siècle, révèlent une architecture gallo-romaine adaptée aux ressources locales (grès roussard, tuffeau). L’aqueduc, alimenté par la source de Chenon, distribuait l’eau via des canalisations en bois et en plomb, tandis que des égouts en pierres sèches évacuaient les eaux usées vers le Loir.
Le statut du site, longtemps débattu, est aujourd’hui défini comme une agglomération secondaire à fonctions religieuses dominantes, sans trace d’habitat permanent. Comparable au sanctuaire d’Allonnes, Cherré se distingue par son théâtre non adossé à une colline et son temple au décor sophistiqué (fresques, stucs, marbres importés). Les fouilles ont aussi mis au jour des dépôts d’armes laténiens (épées, chaudrons) et des enclos ovales liés aux rituels guerriers, confirmant son rôle de lieu de rassemblement avant et pendant la romanisation.
Depuis les années 2000, le site est intégré à un espace naturel sensible (prairies du Loir) et au réseau Natura 2000, alliant patrimoine archéologique et biodiversité. Les recherches récentes soulignent son importance dans l’étude des sanctuaires ruraux de l’Ouest gaulois, où seuls Cherré et Allonnes ont bénéficié de fouilles systématiques. Les vestiges, partiellement restaurés, offrent un témoignage unique des échanges culturels et commerciaux en Gaule romaine, entre traditions locales et influences méditerranéennes.