Origine et histoire du site archéologique
Le site archéologique de Cherré, situé sur la commune d'Aubigné-Racan (Sarthe), est un ensemble protohistorique et antique implanté dans un méandre de la rive droite du Loir et couvrant plus d'une quarantaine d'hectares. Occupé dès le Hallstatt, il se développe d'abord comme nécropole protohistorique avec mégalithes, tumulus, sépultures et dépôts d'armes rituels, sans doute en relation avec un éperon fortifié voisin. Dès la fin du Ier siècle s'installe un vaste complexe gallo‑romain qui connaît son apogée aux IIe et IIIe siècles, sans que les fouilles n'aient révélé de traces convaincantes d'habitat permanent ni de voirie structurante. Les travaux mettent en évidence une agglomération secondaire aux fonctions religieuses dominantes, dédiée au culte impérial ou à un culte guerrier et accueillant rencontres saisonnières, échanges commerciaux et cérémonies. Le site est finalement abandonné au IVe siècle et ses pierres alimentent, au Moyen Âge, de nombreuses constructions locales, notamment des églises romanes. Connu dès le début du XVIIIe siècle, Cherré n'est formellement identifié comme site antique qu'en 1875, mais l'étude systématique ne commence réellement qu'à partir des années 1970. Les fouilles d'État, conduites à partir de 1976 par Claude Lambert et Jean Rioufreyt et poursuivies jusque dans les années 2000, ont mis au jour la nécropole hallstattienne, un théâtre d'environ trois mille places, un bâtiment interprété comme forum ou macellum, deux temples dont l'un présente des similitudes extérieures avec la Maison carrée de Nîmes, des thermes et un aqueduc. D'autres constructions repérées par prospection aérienne restent partiellement ou non étudiées. Le théâtre, édifice semi‑circulaire d'environ 63 mètres de diamètre, a été bâti à la fin du Ier siècle puis remanié au IIe siècle ; sa cavea comportait des gradins en bois portés par arcs maçonnés et un bâtiment de scène de dimensions modestes. Le bâtiment interprété comme marché‑forum, d'abord halle couverte puis cour entourée de galeries, a livré une forte concentration de restes animaux, de coquillages, d'objets usuels et de monnaies, attestant une activité marchande importante et une pratique de boucherie sur place. Le grand temple, édifice rectangulaire à cella entourée d'une galerie et implanté sur un podium, s'accompagne d'un péribole doté de niches en exèdre et d'un bassin rectangulaire ; son appareillage et son décor en opus spicatum et peint témoignent d'une mise en valeur soignée. Les thermes forment un ensemble centré sur une palestre et un parcours balnéaire chauffé par hypocauste ; leurs dimensions modestes suggèrent un usage restreint, peut‑être lié aux desservants du sanctuaire. L'alimentation en eau de l'ensemble était assurée par un aqueduc souterrain dont le tracé de 4,5 kilomètres a été restitué, et la distribution se faisait par canalisations en bois et en plomb vers les thermes, le forum et les autres monuments. Les sondages ont également révélé enclos, fossés concentriques, dépôts d'armes et structures protohistoriques, confirmant la longue continuité d'usage du lieu comme espace funéraire et cultuel. Au Moyen Âge, Cherré accueille des nécropoles mérovingiennes ou carolingiennes et voit ses fonctions de rassemblement se déplacer vers des bourgs mieux desservis, tandis que ses matériaux sont largement réemployés. Les carrières de grès locales et des apports en calcaire expliquent la diversité des matériaux observés dans les monuments antiques et leurs remploi médiévaux. Après des dégradations et remaniements aux XIXe et XXe siècles, le site a été classé espace naturel en 1975, le théâtre inscrit aux monuments historiques en 1982 et les autres vestiges protégés par inscription en 1991. Propriété du conseil départemental de la Sarthe depuis 2002, Cherré a fait l'objet, depuis la fin des années 2000, d'aménagements pour l'accueil du public, d'opérations de consolidation et d'actions de médiation et de pédagogie. Le statut du site a été discuté au fil des recherches — vicus, complexe rural, conciliabulum, grand sanctuaire rural — et il est aujourd'hui généralement présenté comme une agglomération secondaire à fonctions religieuses dominantes, sans habitat pérenne attesté. Les programmes de fouilles et de prospection conduits à Cherré en font un dossier de référence parmi les complexes monumentaux antiques de l'Ouest de la Gaule.