Origine et histoire du site archéologique majeur
Le Castellu di Cucuruzzu, découvert en 1959 à Levie (Corse-du-Sud), est un site emblématique de la culture torréenne, caractéristique de la Protohistoire corse. Attribué à l’Âge du bronze, il fut occupé jusqu’au second âge du fer (fin du IIIe siècle av. J.-C.). Le site se distingue par son architecture défensive : une enceinte massive de 40 m de long, construite en blocs de granite pesant jusqu’à 1 tonne, et une tour (torra) voûtée en encorbellement, unique en Corse. Son isolement à 700 m d’altitude a favorisé sa conservation exceptionnelle.
Les fouilles, menées par Roger Grosjean (1963) puis François de Lanfranchi (jusqu’aux années 1990), ont révélé un complexe organisé autour d’une cour centrale, d’une coursive couverte servant de chemin de ronde, et de trois diverticules (C1 à C3) interprétés comme des réserves. Le matériel archéologique — céramiques, outils en silex, obsidienne, et bronze — est conservé au musée de l’Alta Rocca à Levie. Le site, acquis par l’État en 1975 et classé monument historique en 1982, appartient aujourd’hui à la Collectivité de Corse.
La torra, séparée du castellu par un chaos rocheux, domine l’ensemble de 10 m. Son accès, protégé par un couloir à niches latérales, mène à une salle semi-circulaire voûtée, témoignant d’un savoir-faire architectural avancé. Des traces d’occupation néolithique (outils lithiques) précèdent la construction du castellu, confirmant une fréquentation ancienne du site. À proximité, le Castellu di Capula (IXe siècle), bâti sur des fondations protohistoriques, abrite une statue-menhir décorée d’une épée et de motifs anatomiques, découverte en remploi dans les structures médiévales.
Les restaurations (1991, 2016–2017) ont permis d’ouvrir le site au public tout en assurant sa conservation. Les fouilles ont aussi mis au jour des foyers sur dallage et une cupule gravée devant le diverticule C2, éléments rares éclairant les pratiques quotidiennes et symboliques des communautés torréennes. Ce site, avec sa torra intacte et son système défensif sophistiqué, offre un témoignage majeur de l’organisation sociale et militaire de la Corse protohistorique.
La culture torréenne, marquée par ces constructions en pierre monumentales, reflète une société hiérarchisée et sédentaire, maîtrisant l’agriculture, l’élevage, et les échanges méditerranéens (obsidienne, bronze). Les castelli, souvent perchés, servaient de refuges, de centres politiques, et de lieux de stockage, illustrant une adaptation remarquable au relief insulaire. Le site de Cucuruzzu, par son état de conservation et la richesse de ses vestiges, constitue une référence pour l’étude de cette civilisation.