Frise chronologique
10–20 ap. J.-C.
Période d’essais
Période d’essais
10–20 ap. J.-C. (≈ 15)
Débuts de la production céramique.
20–40 ap. J.-C.
Période primitive
Période primitive
20–40 ap. J.-C. (≈ 30)
Développement des techniques locales.
40–60 ap. J.-C.
Âge d’or
Âge d’or
40–60 ap. J.-C. (≈ 50)
Apogée qualitative et commerciale.
1904
Publication de Déchelette
Publication de Déchelette
1904 (≈ 1904)
Reconnaissance scientifique internationale.
1975
Fouilles d’Alain Vernhet
Fouilles d’Alain Vernhet
1975 (≈ 1975)
Modernisation des recherches archéologiques.
1995
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1995 (≈ 1995)
Protection définitive du site.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges gallo-romains de Graufesenque (cad. P 166, 168 à 177, 289, 291 à 304, 307, 309 à 313, 358) : inscription par arrêté du 26 juillet 1951 - Les parcelles P 123, 597 et 615 pour le sol et le sous-sol pouvant renfermer des vestiges archéologiques : inscription par arrêté du 15 novembre 1993 - Les parcelles (sol et sous ; sol) P 103 à 105, 112, 117, 122, 124, 125, 129, 136, 141, 596, 614, 663 à 666, 746, 753, 754, 807, 838, 858, 875 à 879, pour les vestiges archéologiques qu'elles contiennent, à l'exception des constructions modernes pouvant se trouver dessus : classement par décret du 6 novembre 1995 - Les parcelles P 806, 813, 836, 857, pour le sol et le sous-sol, à l'exception des constructions modernes pouvant se trouver dessus : classement par arrêté du 4 août 1995
Personnages clés
| Abbé Cérès - Archéologue pionnier |
Premières fouilles systématiques (1880–1886). |
| Frédéric Hermet - Chanoine et fouilleur |
Publications majeures en 1934. |
| Joseph Déchelette - Archéologue renommé |
A confirmé l’importance du site en 1904. |
| Alain Vernhet - Spécialiste de la céramique |
Dirigea les fouilles à partir de 1975. |
| Robert Marichal - Épigraphiste |
Étudia les graffites en 1988. |
Origine et histoire
Le site archéologique de la Graufesenque, situé près de Millau sur la rive gauche du Tarn, fut l’un des plus grands centres de production de céramique sigillée de l’Empire romain au Ier siècle. Appelé Condatomagus (marché du confluent) en gaulois, il exploitait des argiles locales pour fabriquer une vaisselle fine à vernis rouge, exportée jusqu’en Germanie, Grèce et Égypte. Son déclin débuta à la fin du Ier siècle, marqué par l’épuisement des gisements et la concurrence d’autres ateliers comme Lezoux.
Les fouilles débutèrent au XIXe siècle, avec des découvertes majeures comme les premiers fours en 1830. L’abbé Cérès (1880-1886) et le chanoine Hermet (1901-1906) révélèrent l’ampleur du site, confirmée par Joseph Déchelette en 1904. Les recherches modernes, menées notamment par Alain Vernhet à partir de 1975, ont mis au jour des fours géants (capables de cuire 40 000 vases), des habitats de potiers, et un fanum (temple gallo-romain).
La Graufesenque était organisée en zones distinctes : artisanale (fours, entrepôts), sacrée (temples), et résidentielle. Les potiers utilisaient des argiles du Domérien pour les pâtes et du Trias pour les engobes, avec des cuissons à 1 050 °C. Des bordereaux d’enfournement gravés et 200 comptes de patrons attestent d’une production standardisée. Le site, protégé depuis 1951, illustre l’industrialisation précoce sous Rome et le rôle clé des Rutènes dans le commerce impérial.
L’importance du site repose aussi sur ses innovations techniques et son réseau commercial. Les céramiques, souvent estampillées, imitaient d’abord les modèles italiens avant de développer des styles propres. La découverte de marques comme MOMMO à Pompéi (avant 79 ap. J.-C.) prouve son rayonnement précoce. Après son déclin, Montans et Lezoux prirent le relais, mais la Graufesenque reste un symbole de l’artisanat gallo-romain et de la romanisation des Gaules.
Aujourd’hui, le musée de Millau expose des pièces emblématiques (coupes, bols, lagènes) et des graffites étudiés par Robert Marichal. Les protections successives (1951, 1993, 1995) ont préservé ce patrimoine unique, classé parmi les plus riches témoignages de la céramologie antique. Le site, ouvert au public, offre un éclairage sur la vie quotidienne, les techniques et l’économie d’un vicus spécialisé sous le Haut-Empire.