Origine et histoire
Le site archéologique de Port La Nautique fait partie d’un vaste système portuaire antique de Narbonne, actif durant la période gallo-romaine et le Haut-Empire. Ce complexe, lié à la province de Narbo Martius, comprenait des ports fluviaux sur l’Aude (alors appelée Atax), des installations maritimes, des entrepôts et des voies de communication. Il servait de plaque tournante pour le commerce entre l’Italie, la Gaule narbonnaise, l’Hispanie et l’Aquitaine, notamment pour le vin. L’écrivain Ausone, au IVe siècle, décrivait Narbonne comme un port où « tout ce qui navigue dans l’univers vient aborder à tes quais ». La fin de l’Antiquité marqua son déclin, avec la destruction de bâtiments luxueux pour renforcer les ouvrages portuaires, avant un abandon progressif au XIVe siècle en raison de l’ensablement.
La géographie antique de la zone était marquée par une mer intérieure, le Mare narbonesus, entourée d’îles comme Sainte-Lucie, Saint-Martin ou la Clape. L’Aude se jetait alors dans cette lagune navigable, formant un réseau idéal pour un port protégé. Le site de La Nautique abritait un débarcadère, des activités de production (poterie, vin) et une villa maritima exceptionnelle, construite vers 30 av. J.-C. Cette villa, peut-être liée à l’empereur Auguste, possédait un vivarium de 65 mètres (le plus grand connu), des piscines, des jardins en terrasse et des mosaïques. Volontairement détruite vers 69-70 apr. J.-C., elle fut classée monument historique en 1971 et 2011 après sa redécouverte.
Les fouilles, initiées dès 1903 par le capitaine Molins, ont révélé des infrastructures portuaires majeures : des digues de 16-17 mètres de large creusées à 3,50 mètres de profondeur pour canaliser l’Aude, des entrepôts (horrea), et des vestiges de docks du Ier siècle. Le port déclina à partir du IVe siècle, avec des réparations utilisant des pierres du Forum de Narbonne, avant d’être abandonné au Ve siècle. Son ensablement définitif serait lié à un changement de cours de l’Aude, possiblement après une crue catastrophique en 1316, ou à un abandon progressif des digues en amont.
Le site, aujourd’hui protégé et recouvert pour conservation, comprend 23 000 m2 de vestiges classés, dont des parcelles fouillées rue des Nautiquards. Les découvertes incluent des céramiques, des pièces d’accastillage, une ancre en chêne, et des structures en bois remarquablement conservées. Les fouilles du CNRS, en pause depuis 2022, ont confirmé l’importance stratégique de Narbonne comme second port méditerranéen après Rome, avant son déclin médiéval.