Origine et histoire de l'Abbaye de Saint-Roman
L’abbaye de Saint-Roman est une ancienne abbaye troglodytique creusée dans un massif calcaire surplombant la confluence du Gardon et du Rhône, sur la commune de Beaucaire (Gard, Occitanie). Occupé dès la Préhistoire par des chasseurs, le site abrite plus tard une communauté monastique dont la première mention écrite remonte au testament de l’évêque d’Arles Manassès vers 963. Bien que des spéculations évoquent une origine paléochrétienne, aucune preuve archéologique antérieure au IXe siècle n’a été confirmée à ce jour par les fouilles récentes (2018-2022). Les grottes naturelles ont été aménagées en chapelle, cellules monastiques, nécropole et silos, formant un ensemble religieux atypique.
En 1008, l’abbaye est citée dans le cartulaire de l’abbaye de Psalmody, puis en 1099 parmi ses biens. Le 29 mars 1102, l’archevêque d’Arles Gibelin de Sabran l’inféode officiellement à Psalmody, réduisant Saint-Roman au statut de prieuré tout en lui conservant une administration autonome de ses possessions. Au XIIe siècle, les tensions avec Psalmody persistent, les moines de Saint-Roman cherchant à s’affranchir de son autorité. En 1203, le comte de Toulouse Raymond VI accorde au prieur des droits juridictionnels sur le site, tandis qu’en 1268, un conflit oppose l’abbaye aux habitants de Beaucaire pour des droits de pacage, résolu en faveur du prieur.
À la fin du XIIIe siècle, les moines sont chassés pour des raisons indéterminées, avant d’être réinstallés en 1310 sur ordre de Philippe IV le Bel. L’abbaye est alors fortifiée (fossé, murs), devenant un castrum mentionné dès 1230. En 1363, le pape Urbain V y fonde un studium, une école gratuite pour futurs clercs ou jeunes talentueux, active pendant une cinquantaine d’années. La sécularisation de Psalmody en 1537 entraîne celle de Saint-Roman : les moines quittent le site, vendu en 1538 à Franc de Conseil, qui y construit un château avec les pierres de l’abbaye. Le site décline ensuite, servant de refuge occasionnel (comme pendant la peste de 1722) avant d’être progressivement démantelé.
Les vestiges, redécouverts au XXe siècle, comprennent des tombes rupestres, une chapelle ornée de traces de peintures du IXe siècle, des cellules monastiques, et des fortifications du XIVe siècle. Classé Monument Historique en 1990 (après une première inscription partielle en 1935), le site est aujourd’hui propriété de la commune de Beaucaire et géré par la Communauté de Communes Beaucaire Terre d’Argence. Un programme collectif de recherche (2018-2022) a permis de conforter les connaissances archéologiques, tandis que des événements comme les « apéros panorama » allient visite culturelle et dégustations pour valoriser le lieu.
L’histoire de Saint-Roman illustre les mutations d’un site religieux médiéval, passé d’un ermitage troglodytique à un prieuré dépendant, puis à une forteresse laïque. Les fouilles récentes ont écarté l’hypothèse d’une fondation antérieure au IXe siècle, tout en révélant l’ingéniosité des aménagements rupestres (citernes, silos, nécropole) et leur réutilisation ultérieure. Le vocable de saint Roman a longtemps prêté à confusion, évoquant tour à tour Romain de Condat ou Roman de Rome, sans certitude. Aujourd’hui, le site offre un témoignage rare de l’architecture monastique troglodytique en Occitanie.