Frise chronologique
Fin du Ier siècle av. J.-C.
Romanisation du site
Romanisation du site
Fin du Ier siècle av. J.-C. (≈ 5 av. J.-C.)
Destruction partielle par les élites gauloises.
Début du IIe siècle
Construction de la voie d'Hadrien
Construction de la voie d'Hadrien
Début du IIe siècle (≈ 204)
Carrefour commercial et religieux.
IIIe siècle
Apogée de Tintignac-Naves
Apogée de Tintignac-Naves
IIIe siècle (≈ 350)
Ajout du théâtre et édifices.
IVe siècle
Incendie volontaire
Incendie volontaire
IVe siècle (≈ 450)
Lié à l’évangélisation chrétienne.
1840
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1840 (≈ 1840)
Première liste des monuments protégés.
2004
Découverte de la fosse gauloise
Découverte de la fosse gauloise
2004 (≈ 2004)
Carnyx et casques en bronze exhumés.
2022
Retour des objets à Naves
Retour des objets à Naves
2022 (≈ 2022)
Exposition permanente dans un local dédié.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Ruines gallo-romaines de Tintignac : classement par liste de 1840
Personnages clés
| Étienne Baluze - Érudit humaniste (XVIIe siècle) |
Premières descriptions des « arènes ». |
| Prosper Mérimée - Inspecteur des Monuments Historiques |
Visite du site au XIXe siècle. |
| Christophe Maniquet - Archéologue, responsable scientifique |
Dirige les fouilles depuis 2001. |
| Arnaud de Tintignac - Seigneur médiéval (XIIe-XIIIe siècle) |
Attestation du toponyme *Tintinhac*. |
Origine et histoire
Le site archéologique de Tintignac, situé à Naves en Corrèze, est un ensemble monumental marquant la transition entre les cultures gauloise et gallo-romaine. Il se compose d’un sanctuaire gaulois, recouvert ultérieurement par un temple gallo-romain, ainsi que d’un théâtre, d’un bâtiment en hémicycle et d’un édifice nommé « tribunal ». Ce lieu religieux, implanté sur un plateau offrant une vue dégagée sur les vallées environnantes, était un carrefour stratégique entre une ancienne voie commerciale (« route des métaux ») et la voie romaine construite sous Hadrien reliant Lyon à Bordeaux.
Les fouilles, initiées dès le XIXe siècle et classées Monument Historique en 1840, ont révélé des objets exceptionnels dans une fosse gauloise en 2004 : casques en bronze (dont un en forme d’oiseau), sept carnyx (trompettes de guerre), des épées et des éléments de boucliers. Ces artefacts, uniques en contexte archéologique, témoignent d’un lien fort entre les sphères militaire et religieuse gauloises. Le site, partiellement exploré (60 ha estimés), comprend aussi un aqueduc découvert en 2009, tandis que le fanum reste le seul bâtiment entièrement fouillé.
Tintignac-Naves, souvent appelé à tort « Arènes de Tintignac », était une agglomération secondaire gallo-romaine, sans statut urbain. Son apogée au IIIe siècle fut suivi d’un déclin au IVe siècle, marqué par un incendie volontaire, peut-être lié à l’évangélisation chrétienne combattant les cultes païens. Aujourd’hui, le site est géré par l’Office de Tourisme de Tulle, proposant visites guidées et animations estivales. Les objets découverts, après restauration et exposition itinérante (dont Berne et Sarran en 2020-2021), sont désormais présentés dans un espace dédié à Naves depuis 2022.
L’origine du toponyme Tintignac (attesté sous la forme occitane Tintinhac aux XIIe-XIIIe siècles) pourrait remoter à un nom latin Tintinius, suffixé par -acum (« lieu de »). Aucune source antique ne mentionne le nom romain du site, malgré des hypothèses du XIXe siècle associant des hameaux voisins à des divinités comme Cérès ou Bacchus, aujourd’hui jugées peu plausibles. Le sanctuaire gaulois, délimité par une palissade ouverte à l’est (direction symbolique celtique), abritait un feu perpétuel et un bâtiment en bois reconstruit à plusieurs reprises.
À l’époque gallo-romaine, deux fana (temples) remplacèrent le sanctuaire gaulois, évoluant vers un grand temple à double cella. Au IIe siècle, un portique (« tribunal ») et un édifice semi-circulaire unique furent ajoutés, suivis par un théâtre pouvant accueillir 2 500 personnes. Ce complexe, atypique en milieu rural, reflète l’importance du site comme lieu de pèlerinage et d’échanges, lié à l’exploitation minière locale (or, fer, étain). La « route des métaux », reliant l’Armorique à la Méditerranée, favorisait le commerce de l’étain, essentiel pour la fabrication du bronze.
Les premières mentions érudites du site remontent au XVIIe siècle, avec Étienne Baluze qui y décrit des « arènes ». Les fouilles systématiques, menées par l’INRAP depuis 2001, ont confirmé son rôle majeur dans le Limousin gallo-romain. Malgré son classement précoce, une grande partie du site reste inexplorée, avec quatre bâtiments non fouillés et des vestiges partiellement recouverts pour leur conservation. Les animations touristiques actuelles visent à valoriser ce patrimoine, tandis que les objets phares (comme le casque en forme d’oiseau) symbolisent son rayonnement archéologique.