Frise chronologique
Ve-IVe millénaire av. J.-C.
Période d'occupation principale
Période d'occupation principale
Ve-IVe millénaire av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Construction des dolmens et habitats néolithiques.
milieu IVe - fin IIIe millénaire av. J.-C.
Réutilisations chalcolithiques
Réutilisations chalcolithiques
milieu IVe - fin IIIe millénaire av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Armatures de flèches dans les coffres.
1883
Première mention des dolmens
Première mention des dolmens
1883 (≈ 1883)
Signalement par Adrien de Mortillet dans ses écrits.
1995-1999
Fouilles archéologiques
Fouilles archéologiques
1995-1999 (≈ 1997)
Campagnes dirigées par Franck Leandri (DRAC).
avril 2016
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
avril 2016 (≈ 2016)
Protection initiale du site (abrogée en 2018).
octobre 2018
Classement définitif
Classement définitif
octobre 2018 (≈ 2018)
Protection totale des vestiges et du sol.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Le site archéologique dit « du Monte Revincu » en totalité (cad. E 600, 602, 603) : inscription par arrêté du 6 avril 2016 (abrogé) ; L’ensemble des vestiges archéologiques du site dit « du Monte Revincu », situé sur les parcelles n°600, 602 et 603 de la section E du cadastre, avec le sol de ces parcelles : classement par arrêté du 25 octobre 2018.
Personnages clés
| Adrien de Mortillet - Préhistorien |
A signalé les dolmens en 1883. |
| Franck Leandri - Archéologue (DRAC) |
Dirigea les fouilles à partir de 1996. |
Origine et histoire
Le site archéologique du Monte Revincu, situé sur la commune de Santo-Pietro-di-Tenda dans le désert des Agriates en Corse, est un ensemble préhistorique majeur. Il comprend des monuments funéraires mégalithiques (dolmens, coffres) et des vestiges d'un habitat néolithique, répartis sur un plateau étagé de plus de 300 mètres. Les dolmens furent signalés pour la première fois en 1883 par Adrien de Mortillet, qui mentionnait au moins quatre structures, dont le dolmen de la Casa di l'Orcu. Jusqu'en 1999, le site était occupé par un champ de tir militaire, ce qui limita son étude.
Les fouilles systématiques, dirigées par Franck Leandri pour la DRAC à partir de 1996, révélèrent une organisation complexe : trois dolmens, trois coffres authentifiés (et sept probables), trois cercles de pierre, un menhir et 36 structures rectangulaires. Les matériaux utilisés, orthogneiss et granite local, furent extraits et taillés en dalles grâce au feuilletage naturel de la roche. Les monuments, datés entre le Ve et le IVe millénaire av. J.-C., montrent une unité architecturale marquée par des plans rectangulaires et des dalles dressées.
Le dolmen de la Casa di l'Orcu, partiellement détruit par des fouilles clandestines et un tir d'obus dans les années 1950, livre un mobilier modeste : fragments de lames en silex, quartz, obsidienne, et tessons de céramique polie datés de la fin du Ve millénaire av. J.-C. Selon la tradition locale, ce dolmen serait la « maison de l'ogre », lié à un récit folklorique expliquant l'origine du brocciu. Les autres structures, comme le dolmen de Cellucia ou les coffres A, B et C, révèlent des artefacts similaires, dont des armatures de flèches chalcolithiques.
Les structures d'habitat, situées sur la Cima di Suarello, sont des plates-formes rectangulaires (25 à 130 m2) délimitées par des dalles plantées. Elles abritaient des activités domestiques, comme en témoignent les radiers en pierre, les trous de poteaux et les traces de parois en matériaux périssables. Le mobilier archéologique, pauvre en outils polis mais riche en quartz local et céramiques fragmentées, suggère une occupation datée entre 4340 et 4073 av. J.-C. Le site, classé monument historique en 2018, offre un éclairage unique sur les pratiques funéraires et l'habitat néolithique en Corse.
Le site fut utilisé jusqu’au début du XXe siècle par des bergers, qui y aménagèrent des bergeries et des enclos. Les fouilles ont également mis au jour des cercles de pierre, comme celui de 20 mètres de diamètre avec un monolithe central, et des menhirs, dont un encore debout près du dolmen de Cellucia. Les datations au radiocarbone confirment une occupation principale durant le dernier tiers du Ve millénaire av. J.-C., avec des réutilisations ultérieures au Chalcolithique.
Classé en totalité en 2018 après une première inscription en 2016, le Monte Revincu est aujourd’hui protégé pour son importance patrimoniale. Les études menées, notamment par Franck Leandri et son équipe, ont permis de documenter un site clé pour comprendre les sociétés néolithiques corses, leurs rites funéraires et leur organisation spatiale. La tradition orale, évoquant des ogres et des échanges symboliques, ajoute une dimension culturelle immatérielle à ce patrimoine archéologique exceptionnel.