Origine et histoire du Site de Grignon
Le site de Grignon, situé sur la commune de Vieilles-Maisons-sur-Joudry, est une section emblématique du canal d’Orléans, construit en deux phases majeures. Entre 1676 et 1678, Robert Mahieu supervise le creusement du premier tronçon, reliant Vieilles-Maisons-sur-Joudry à Buges, destiné au transport de bois et de charbon. Ce segment inclut les biefs et écluses de Grignon (Gué des Cens, Milieu et Bas de Grignon), marquant l’origine fonctionnelle du canal. L’extension jusqu’à la Loire, achevée entre 1681 et 1687, est inaugurée en 1692, permettant un trafic fluvial intense entre Nantes et Paris (1 500 à 2 000 bateaux/an).
En 1793, le canal devient un bien national, puis est géré par la Compagnie des canaux d’Orléans et du Loing (1807–1860) avant de passer sous l’autorité des Ponts et Chaussées en 1863. Au XIXe siècle, Grignon se développe comme un hub économique : ateliers de charpenterie, charronnage, dépôts de matériaux (ciment, fer, charbon), et une forge construite vers 1840. Les écluses, dont celle du Bas de Grignon restaurée en 2009, illustrent l’ingénierie hydraulique de l’époque. Le déclin du trafic fluvial au XXe siècle mène au déclassement du canal en 1954, avant sa réhabilitation progressive par le Syndicat Mixte de Gestion (créé en 1978).
Le site conserve trois écluses à sas (classées Monument Historique en 1999), leurs maisons éclusières en briques et pierres, ainsi que la maison de la Direction des canaux, ancienne résidence administrative avec pigeonnier. Les biefs, comme celui du Gué des Cens (1 190 m), témoignent des aménagements pour la navigation, avec des projets de curage et de remise en service (scénario 2020). L’étang de Grignon, équipé d’une aire de retournement pour bateaux, et les vestiges de la forge (projet de 1821) rappellent l’activité industrielle passée, liée à la forêt d’Orléans et au commerce fluvial.
Les travaux de restauration, comme ceux de l’écluse du Bas de Grignon (2009), incluent la réfection des bajoyers, des portes en bois, et des radiers, combinant techniques traditionnelles (micropieux, injections de collage) et modernes (béton armé). Les projets touristiques, tels que les haltes fluviales et le camping de l’étang des Bois, visent à valoriser ce patrimoine, tout en préservant son authenticité. Le canal, aujourd’hui propriété de l’État mais géré localement, incarne à la fois un héritage technique et un enjeu de développement durable pour la région Centre-Val de Loire.