Patrimoine classé
Stations préhistoriques numéros III et IV (partie) , lieux-dits Rives du Lac et La Motte aux Magnins (cad. AK 53, 102) : classement par arrêté du 17 septembre 1979 ; Portions immergées des stations préhistoriques numéros III en bordure de la parcelle AK 102, lieu-dit La Motte aux Magnins, et IV bordant en partie les parcelles 53-171 et 172, lieuxdits Rive du Lac et Le Grand Lac de Clairvaux (section AL) : classement par arrêté du 29 février 1980 ; Les sites palafittiques, en totalité, situés au nord et au sud du Grand Lac, sur les parcelles numéros 72, 74, 75 et 256, figurant au cadastre section AI, sur les parcelles numéros 56 à 91, 94, 95, 99 à 101, 126, 127, 150, 208 à 211, 226 à 23, 236, 256 à 258, 260, 272 et 273, figurant au cadastre section AK, sur les parcelles numéros 3, 24, 27, 75, 154, 161 et 162, figurant au cadastre section AL sur les parcelles numéros 8 à 19 et 58, figurant au cadastre section AM, tels que délimité en rouge sur le plan annexé à l'arrêté : inscription par arrêté du 9 mars 2022
Personnages clés
| Jules Le Mire - Maître de forges et archéologue amateur |
Identifia les premières stations en 1870. |
| Zéphyrin Robert - Conservateur du musée de Lons-le-Saunier |
Pressentit l’existence des sites dès 1858. |
| Abbé Bourgeat - Archéologue et naturaliste |
Analysa la faune et les échanges lithiques. |
| F. Keller - Archéologue suisse |
Théoricien des cités lacustres sur pilotis. |
| H. Reinerth - Archéologue allemand |
Proposa l’hypothèse des habitats terrestres. |
Origine et histoire des Stations préhistoriques
Les stations préhistoriques de Clairvaux-les-Lacs forment un ensemble archéologique majeur de la Préhistoire, composé de 18 sites palafittiques répartis autour du Grand Lac de Clairvaux, dans le Jura. Ces cités lacustres, datant du Néolithique, furent découvertes dès 1835, mais leur identification formelle comme habitats préhistoriques eut lieu en 1870 par Jules Le Mire, maître de forges local. Leur état de conservation exceptionnel, favorisé par les tourbières acides, a permis de révéler des objets organiques (bois, poteries, outils) et des structures architecturales uniques en France.
La géologie du site, modelée par le glacier jurassien lors de la glaciation de Würm (115 000 à 11 700 av. J.-C.), explique la formation des lacs et des marais environnants. Les fluctuations du niveau du Grand Lac, étudiées via des datations au carbone 14, ont montré des phases alternées de transgression et régression entre 6 500 et 2 500 av. J.-C. Ces variations, liées aux changements climatiques, ont influencé l’implantation des villages néolithiques, souvent construits durant les périodes de bas niveau lacustre.
Les premières fouilles systématiques furent menées par Jules Le Mire en 1870, révélant un « fumier lacustre » riche en artefacts (haches en pierre polie, poteries, outils en os) sur le site de la Motte-aux-Magnins. Ses travaux, interrompus par la guerre franco-prussienne, confirmèrent l’hypothèse de villages sur pilotis, inspirée des découvertes suisses. Au XIXe siècle, d’autres archéologues comme l’abbé Bourgeat analysèrent les vestiges, mettant en évidence une faune locale diversifiée (sanglier, chien, bœuf) et des échanges lointains pour l’approvisionnement en matériaux lithiques.
Le site fut classé Monument Historique par étapes (1979 pour les stations III et IV, 1980 pour la Motte-aux-Magnins, 2022 pour l’ensemble des zones nord et sud). En 2011, il intégra la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO avec 110 autres sites palafittiques alpins, reconnaissant son importance pour comprendre les modes de vie néolithiques. Aujourd’hui, les menaces principales incluent les drainages artificiels, les remblaiements sauvages et l’extension touristique, malgré une zone tampon de 103 ha destinée à sa protection.
Les objets exhumés, comme une pirogue miniature en hêtre (XXXe siècle av. J.-C.), illustrent l’ingéniosité des communautés lacustres. Leur conservation, confiée à l’atelier ARC-Nucléart de Grenoble, utilisa des techniques modernes (lyophilisation, PEG) pour stabiliser les artefacts organiques. Les sédiments tourbeux, contrairement aux sites crayeux comme Chalain, ont préservé des couleurs et formes originales, offrant un témoignage rare des techniques artisanales et de l’environnement préhistorique.
La controverse scientifique sur la nature des « cités lacustres » opposa longtemps deux théories : celle de F. Keller (villages sur pilotis au-dessus de l’eau) et celle de H. Reinerth (habitats sur terre ferme, protégés des crues). Les études récentes à Clairvaux IX confirmèrent une occupation durant les phases de régression lacustre, avec des villages partiellement inondés lors des hautes eaux saisonnières. Ce site reste un référentiel pour l’étude des adaptations humaines aux milieux humides en Europe préhistorique.