Origine et histoire de la Statue de Armand de Bricqueville
Le monument à Armand de Briqueville, situé à Cherbourg-en-Cotentin (anciennement Octeville), est érigé en mémoire d’un colonel de cavalerie napoléonien et député de la Manche. Né en 1785 dans une famille de noblesse normande, Armand de Briqueville s’illustre lors des guerres de l’Empire, participant aux batailles d’Iéna, de Wagram, de Krasnoï, et d’Anvers. Fidèle à Napoléon, il se distingue aussi durant les Cent-Jours, notamment à Waterloo, où il insiste pour marcher au canon. Grièvement blessé en 1815, il se retire ensuite dans ses terres avant d’entamer une carrière politique marquée par son opposition aux Bourbons.
Après sa mort en 1844, une souscription publique finance un buste en bronze réalisé par David d’Angers, inauguré en 1850 sur le quai de Caligny. Le piédestal de granit, dessiné par l’architecte Lemelle, porte les noms de quatre batailles clés (Wagram, Krasnoï, Anvers, Versailles) et était autrefois orné de reliefs symbolisant sa carrière militaire et parlementaire, fondus pendant l’Occupation. Le monument, classé en 2006, incarne l’hommage romantique à un soldat et homme politique controversé, mêlant loyauté napoléonienne et engagement républicain.
Armand de Briqueville est inhumé au cimetière des Aiguillons à Cherbourg. Son buste, de style Hermès colossal, mesure 1,45 mètre et repose sur un socle de 4 mètres, témoignant de l’admiration populaire pour ce personnage complexe. Le comité chargé du monument, indépendant des pouvoirs locaux, reflète l’attachement des Cherbourgeois à leur histoire, malgré les vicissitudes des conflits du XXe siècle ayant altéré partiellement l’œuvre originale.
La famille de Briqueville, issue de la noblesse normande, compte parmi ses ancêtres des mousquetaires et des figures de la chouannerie, comme son père, fusillé en 1796 pour royalisme. Armand, élevé dans la haine des Bourbons par sa mère, embrasse pourtant une carrière militaire sous Napoléon, devenant officier d’ordonnance de l’Empereur. Son parcours illustre les tensions de l’époque, entre fidélité impériale et opposition monarchique, ainsi que les fractures politiques de la France post-révolutionnaire.
Le monument, initialement prévu dès 1844, connaît des retards dus aux lenteurs administratives et financières. Les reliefs en bronze, disparus en 1944, représentaient un sabre pour sa carrière militaire et une tribune pour son engagement parlementaire. Ces éléments, fondus par l’armée allemande, soulignent les pertes patrimoniales liées aux conflits mondiaux. Aujourd’hui, la statue reste un symbole local, célébrant à la fois l’héroïsme militaire et l’esprit résistant d’un homme marqué par les bouleversements du XIXe siècle.