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Synagogue à Balbronn dans le Bas-Rhin

Synagogue

    39 Rue des femmes
    67310 Balbronn
Propriété d'une association cultuelle
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Synagogue
Crédit photo : © Ralph Hammann - Wikimedia Commons - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1700
1800
1900
2000
1665
Première mention d'une communauté juive
1730
Première synagogue connue
10 décembre 1895
Inauguration de la synagogue actuelle
1940-1945
Saccage pendant l'Occupation allemande
30 mars 1989
Désaffectation officielle
10 février 1999
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Façades et toitures (cad. 1 76) : inscription par arrêté du 10 février 1999

Personnages clés

Henry Lévy - Rabbin et résistant Décoré Légion d’honneur, mort à Auschwitz (1942).
Jules Bauer - Rabbin et historien Dirigea le Séminaire Israélite de France (1919).
Anselme Schwartz - Chirurgien et académicien Père de Laurent Schwartz (médaille Fields).

Origine et histoire

La synagogue de Balbronn, située rue des Femmes dans ce village alsacien du Bas-Rhin, fut construite en 1895 dans un style néo-roman marqué par le Rundbogenstil, courant architectural allemand de l’époque. Ce lieu de culte juif, caractéristique des synagogues rurales monumentales d’Alsace, se distingue par sa façade en grès des Vosges ornée de l’Étoile de David, d’une rosace, et des Tables de la Loi. Son intérieur allie marbre, bronze, et bois de sapin apparent, avec une Arche sainte préservée et des vitraux géométriques. L’inscription hébraïque au-dessus de l’entrée, tirée des Psaumes, rappelle sa vocation spirituelle : « C'est la porte de l’Éternel, les justes la franchiront ».

L’histoire de Balbronn est liée à une communauté juive présente depuis le XVIIe siècle, atteignant son apogée en 1882 avec 207 membres (20 % de la population). La synagogue de 1895 remplaça un premier lieu de culte du XVIIIe siècle, situé dans la « Maison des Juifs » (1638). Saccagée pendant l’Occupation (1940-1945), elle fut restaurée et utilisée jusqu’aux années 1960, avant d’être désaffectée en 1989. Un projet de transfert pierre par pierre à Jérusalem (1993) fut abandonné après son classement comme monument historique en 1999. Depuis, le bâtiment attend une restauration ou une réaffectation, témoignant à la fois de l’histoire juive alsacienne et des défis de préservation du patrimoine.

L’architecture de la synagogue reflète une volonté d’ancrage dans l’Antiquité hébraïque, avec des colonnes évoquant Jachin et Boaz (Temple de Salomon) et une fresque en trompe-l’œil représentant le parokhet, rideau du Saint des Saints. Les deux piliers de la façade, les colonnettes intérieures en bronze (coulées à Mannheim), et les garde-corps en fonte autour de la bimah (estrade) soulignent ce mélange de tradition et d’innovation. La galerie des femmes, accessible par deux escaliers, et les 160 places (100 hommes, 60 femmes) rappellent son rôle central dans la vie communautaire. Désaffectée, elle reste un symbole de la coexistence pacifique entre Juifs et chrétiens à Balbronn, ainsi que des dramatiques déportations subies par des figures locales comme le rabbin Henry Lévy, mort à Auschwitz en 1942.

Trois personnalités juives originaires de Balbronn illustrent son rayonnement culturel et intellectuel. Henry Lévy (1883-1942), rabbin décoré de la Légion d’honneur pour son engagement pendant la Première Guerre mondiale, périt en déportation. Jules Bauer (1868-1931), rabbin et historien, dirige le Séminaire Israélite de France et fonde un office pour les jeunes à Nice. Son gendre, Robert Meyers, sauva 600 Juifs avant d’être déporté. Enfin, Anselme Schwartz (1872-1957), chirurgien parisien membre de l’Académie de médecine, est le père du mathématicien Laurent Schwartz (médaille Fields). Ces destins croisés mêlent érudition, patriotisme, et tragédie, reflétant l’histoire tourmentée des Juifs d’Alsace.

Le bâtiment, propriété du Consistoire Israélite du Bas-Rhin, est protégé depuis 1999 pour ses façades et toitures. Son état actuel pose la question de sa préservation : restauration en tant que lieu de mémoire, réaffectation culturelle, ou projet transnational avorté (comme le transfert à Pisgat Zeev, près de Jérusalem). La synagogue incarne ainsi les enjeux du patrimoine juif en France, entre héritage local et diaspora, tout en rappelant l’architecture néo-romane alsacienne, marquée par l’annexion allemande (1871-1918). Son lambris de sapin en forme de carène, unique pour une synagogue, et ses vitraux chatoyants en font un édifice à la fois modeste et exceptionnel.

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