Origine et histoire de la Synagogue
La synagogue d'Arcachon, située 36 avenue Gambetta, est édifiée entre 1877 et 1879 grâce au financement de Daniel Iffla, un mécène bordelais excentrique surnommé Osiris. Ce banquier et industriel, connu pour ses actions philanthropiques, offre le bâtiment au Consistoire régional israélite de Bordeaux, affilié au Consistoire central israélite de France. L’inauguration a lieu le 21 décembre 1879, à l’occasion du mariage de sa nièce, la cantatrice Emma Moyse, avec Sigismund Bardac. L’emplacement, choisi stratégiquement sur la rue reliant la jetée Thiers à la gare, reflète son importance dans la vie communautaire juive locale.
L’architecture, confiée à Stanislas Ferrand, s’inspire du style synagogal classique du XIXe siècle. L’intérieur, marqué par une tebah centrale (tradition séfarade), présente un arc en plein cintre orné de chapiteaux éclectiques toscans et de besants. La façade arbore des Tables de la Loi gravées des initiales « R. F. » (République française), affirmant un soutien au régime de la Troisième République, ainsi qu’une inscription biblique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18), clin d’œil œcuménique à la communauté chrétienne. En 1895, Osiris fait également construire la villa Alexandre-Dumas à proximité, renforçant son empreinte sur la Ville d’Hiver.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue est témoin de la rafle du 10 janvier 1944, organisée par Maurice Papon : 12 Juifs arcachonnais sont arrêtés, déportés via Drancy vers des camps d’extermination nazis, où ils périssent. Après la guerre, l’édifice, inscrit aux monuments historiques en 2004, est rénové en 2011. Depuis 2012, le rabbin Eric-Meyer Aziza, engagé dans le dialogue interreligieux, y officie. Les services religieux s’y tiennent toute l’année, perpétuant son rôle central dans la vie juive locale.