Origine et histoire de la Synagogue
La synagogue de Bar-le-Duc, construite en 1871-1872 dans un style mauresque, est l’œuvre de l’architecte Charles Demoget. Financée par des souscriptions privées, la ville et l’État, elle remplace une salle de prière privée utilisée depuis 1866. Son architecture mêle des éléments typiques des synagogues de l’Est de la France (rosace en étoile de David, Tables de la Loi en façade) à des influences Renaissance locales, comme les pilastres corinthiens. L’inscription hébraïque au-dessus de l’entrée, tirée de la Genèse (28:17), souligne sa vocation spirituelle : « Ce lieu n’est autre que la maison de Dieu, et c’est la porte du ciel. »
À l’intérieur, la synagogue se divise en trois espaces : un vestibule, une nef et un « chœur ». Les murs portent des citations hébraïques organisées selon une progression symbolique, tandis que le plafond en bois et les décors peints reflètent une esthétique sobre mais significative. Le bâtiment, en pierre de taille avec une toiture en ardoise, affiche aussi des arcs outrepassés d’inspiration hispano-mauresque, caractéristiques des synagogues de la seconde moitié du XIXe siècle dans l’Est. Désaffectée après la Seconde Guerre mondiale en raison de la diminution drastique de la communauté juive locale, elle est inscrite aux monuments historiques depuis 2013, incluant son jardin et son mur de clôture.
La présence juive à Bar-le-Duc remonte au Moyen Âge, avec une communauté attestée jusqu’au XIIe siècle avant d’être contrainte à l’exil par l’intolérance. Elle réapparaît en 1727, mais reste modeste comparée à celle de Verdun, où siège le rabbinat départemental. En 1868, l’acquisition d’un terrain au bord de l’Ornain permet la construction de la synagogue, symbole d’une communauté alors dynamique (plus de 25 familles avant la Shoah). La déportation pendant la Seconde Guerre mondiale décime cette communauté, rendant le lieu impropre au culte. Aujourd’hui, l’édifice est préservé comme témoignage du patrimoine juif lorrain et de son histoire tourmentée.
L’architecte Charles Demoget, assisté de l’entrepreneur Jean-François Goret, conçoit un édifice modeste mais emblématique, où chaque détail (rosace, inscription, décors intérieurs) rappelle la double identité culturelle et religieuse de la communauté. La synagogue, propriété d’une association cultuelle, illustre aussi les échanges architecturaux entre traditions mauresques et locales, typiques des réalisations juives en France à cette époque. Son inscription récente aux monuments historiques vise à protéger ce patrimoine fragile, marqué par les bouleversements du XXe siècle.