Frise chronologique
1298
Première mention des Juifs à Bergheim
Première mention des Juifs à Bergheim
1298 (≈ 1298)
Accusation infondée de meurtre rituel.
1349
Extermination de la communauté juive
Extermination de la communauté juive
1349 (≈ 1349)
Peste noire, synagogue confisquée mais épargnée.
1840
Incendie de la synagogue médiévale
Incendie de la synagogue médiévale
1840 (≈ 1840)
Destruction par un feu ravageant la ville.
1860-1863
Construction de la synagogue actuelle
Construction de la synagogue actuelle
1860-1863 (≈ 1862)
Œuvre de l’architecte Auguste Hartmann.
1940
Pillage par les nazis
Pillage par les nazis
1940 (≈ 1940)
Destruction de l’Arche sainte et du mobilier.
1990
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1990 (≈ 1990)
Inscription à l’inventaire supplémentaire.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Synagogue (cad. 11 143) : inscription par arrêté du 30 octobre 1990
Personnages clés
| Auguste Hartmann - Architecte |
Concepteur de la synagogue (1860-1863). |
| Michel Cerf - Rabbin et directeur de yeshivah |
Dirigea l’école talmudique jusqu’aux années 1840. |
| Léopold Sée - Général français |
Personnalité juive native de Bergheim (1822-1904). |
Origine et histoire
La synagogue de Bergheim, située dans le Haut-Rhin en région Grand Est, a été construite entre 1860 et 1863 par l’architecte Auguste Hartmann pour remplacer un édifice médiéval détruit par un incendie en 1840. Elle s’élève sur l’emplacement d’une première synagogue attestée dès le XIVe siècle, symbole d’une communauté juive florissante malgré les persécutions et expulsions répétées entre le Moyen Âge et le XVIIIe siècle. Son architecture néo-romane, avec nef centrale et bas-côtés, reflète les influences stylistiques de l’époque, tandis que son intérieur conserve une ordonnance médiévale.
La communauté juive de Bergheim, l’une des plus importantes de Haute-Alsace, a connu son apogée au XIXe siècle avec plus de 500 membres en 1841. Après l’émancipation des Juifs en 1791, elle a maintenu une yeshivah et une école, malgré des tensions locales culminant en 1832 avec une émeute antijuive. La synagogue, pillée par les nazis en 1940 et fermée en 1991, a été vendue à la ville en 1992. Aujourd’hui désaffectée du culte, elle accueille des activités culturelles et a bénéficié de restaurations, notamment en 2000 pour sa façade.
L’édifice se distingue par son portail orné d’une inscription hébraïque tirée d’Isaïe (56,7) : « Ma maison sera dénommée Maison de prières pour tous les peuples ». À l’intérieur, la tribune des femmes, les arcades en plein cintre et les oculus créent une élévation remarquable pour un bâtiment de taille modeste. Le mobilier liturgique, dont l’Arche sainte détruite, a été en partie préservé par le Fonds d’Art Juif Historique et Contemporain de Colmar. La synagogue, classée Monument Historique en 1990, témoigne aussi de l’histoire mouvementée des Juifs en Alsace, marqués par des cycles de prospérité, d’expulsions et de réinstallations.
Avant le XIXe siècle, la présence juive à Bergheim remonte à 1298, avec une première mention d’une judenschule (synagogue) vers 1300. La communauté, accusée d’empoisonnement des puits lors de la peste noire (1349), fut exterminée, mais la synagogue médiévale échappa à la destruction. Réautorisés en 1375 par l’archiduc Leopold II, les Juifs jouèrent un rôle économique clé (commerce de bétail, prêt sur gage), malgré des restrictions comme l’expulsion de 1568. Au XVIIIe siècle, ils purent acheter des maisons, signe d’une intégration progressive, bien que limitée.
Plusieurs traces matérielles subsistent de cette histoire, comme la maison du Kotsen (XVIe siècle) sur la Rue du Vieil Hôpital, ornée d’une inscription hébraïque (Barukh ata be-boekha...), ou une menorah médiévale conservée dans l’église paroissiale. Ces éléments, ainsi que les mezouzah visibles sur des maisons anciennes, illustrent l’ancrage multiséculaire de la communauté. Après 1945, la disparition des Juifs de Bergheim a conduit à la désaffectation du lieu, transformé en espace culturel municipal.
La synagogue s’inscrit dans un réseau patrimonial alsacien plus large, incluant les cimetières juifs de Sélestat (utilisé depuis le XVIIe siècle) et les synagogues de Guebwiller ou Ribeauvillé. Son architecture, mêlant néo-roman et héritages médiévaux, en fait un exemple rare en France. Les travaux de restauration, soutenus par des mécènes comme la MAAF, visent à préserver ce témoignage unique, tout en l’ouvrant à de nouvelles vocations culturelles.