Origine et histoire de la Synagogue
La synagogue de Bergheim, située dans le Haut‑Rhin, présente un intérêt architectural notable malgré les déprédations subies pendant l’occupation nazie. Construite dans le vocabulaire néo‑roman, elle reprend le schéma volumétrique d’une église avec une nef centrale, des bas‑côtés et une façade ouest décorée selon les canons de son époque. À l’intérieur, l’ordonnance rappelle une organisation médiévale : travée marquée par de grandes arcades, haute élévation surprenante pour les dimensions modestes de l’édifice, tribune pour les femmes et claires baies qui percent la lumière. La bimah se trouvait au centre et le carrelage d’origine conserve encore l’emplacement de ce pupitre liturgique. L’Arche sainte et l’ensemble du mobilier, endommagés puis récupérés, font aujourd’hui partie de la collection du Fonds d’Art Juif Historique et Contemporain de Colmar. Le portail est surmonté d’une inscription hébraïque (ביתי בית תפלה יקרא לכל העמים) qui se traduit par « Ma maison sera dénommée Maison de prières pour tous les peuples ». La tribune, closes par une grille et appuyée sur des piliers de grès, comporte des pupitres amovibles ; les bancs des femmes sont orientés de façon à tourner le dos à l’officiant. Au fond, des blocs de pierre protégeaient l’Arche sainte, couverte d’un rideau où étaient rangés les rouleaux de la Torah.
La présence juive à Bergheim est attestée depuis le XIVe siècle ; la communauté, qui a traversé persécutions, expulsions et retours, a longtemps été un centre local du judaïsme. La synagogue médiévale, confisquée en 1349 à la suite des massacres, a subsisté sur le site et une maison acquise en 1551 témoigne de la permanence de la présence juive. L’édifice ancien fut détruit par un incendie en 1840; l’actuelle synagogue fut reconstruite au même emplacement sur les plans de l’architecte Auguste Hartmann et achevée au milieu du XIXe siècle. Après l’émancipation de 1791, la communauté connut une croissance notable jusqu’au milieu du XIXe siècle, accueillant notamment une yeshivah dirigée jusque dans les années 1840 par le rabbin Michel Cerf, avant de décliner au cours de la seconde moitié du siècle et de perdre son poste de rabbin au début du XXe siècle. La synagogue fut pillée par les nazis et son aron détruit pendant la Seconde Guerre mondiale ; elle a été désaffectée en 1990 et définitivement fermée en 1991.
Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 30 octobre 1990, l’édifice a bénéficié la même année d’un mécénat pour la restauration de sa façade, de sa toiture et des menuiseries extérieures, puis l’extérieur a été restauré en 2000. Vendue à la commune en 1992, la synagogue sert aujourd’hui à des activités culturelles et fait l’objet d’un projet de réhabilitation en mairie. Plusieurs vestiges de la présence juive ancienne subsistent dans la ville, comme une menorah conservée dans l’église paroissiale, l’encoche de mezouzah et une inscription hébraïque sur une maison gothique dite « maison du Kotsen », ainsi que la trace d’une mezouzah sur un escalier de la Grand‑Rue. La communauté de Bergheim, aujourd’hui éteinte, a laissé un patrimoine bâti et mobilier qui illustre une histoire pluriséculaire.