Origine et histoire de la Synagogue
La synagogue de Carpentras, située en Vaucluse, est la plus ancienne synagogue française en activité ; son édification par les Juifs comtadins commence en 1367 après une autorisation donnée en 1361. Les éléments médiévaux subsistent surtout en partie basse et sont souvent intégrés à des espaces plus vastes remaniés à l'époque moderne ; la salle de prière des femmes se trouvait à l'origine dans les salles basses, à l'emplacement de l'actuelle salle de réunion communautaire. Le premier étage, destiné aux hommes, est aménagé lors d'une reconstruction conduite au XVIIIe siècle, dont la première tranche est menée dans les années 1740 ; Antoine d'Allemand, architecte local, est traditionnellement associé à ces travaux, tandis que le projet initial a peut‑être été conçu par l'architecte Teissier. L'édifice n'est achevé qu'à la veille de la Révolution ; il dut notamment être rabaissé à la demande de l'évêque Joseph‑Dominique d'Inguimbert afin de respecter une apparence jugée modeste. Au milieu du XIXe siècle, d'importantes transformations introduisent des tribunes pour les femmes et des annexes ornées d'un décor néoclassique ; la façade et le vestibule sont remaniés à la fin du XIXe siècle et la façade actuelle est datée de 1909.
La présence juive dans la basse vallée du Rhône est attestée dès le Xe siècle et, après des épisodes d'expulsion et de retour, le culte est réorganisé à Carpentras au XIVe siècle, d'abord dans une maison louée rue de la Muse. La synagogue médiévale, conçue pour rester discrète dans le tissu urbain, relève de contraintes strictes : les dimensions imposées par l'évêque en 1367 ne devaient pas dépasser 10 m de longueur, 8 m de largeur et 8 m de hauteur, et déjà en 1396 l'édifice comprend deux salles superposées. À partir du XVe siècle la création de "carrières" ou ghettos encadre la résidence juive ; la carrière de Carpentras est délimitée en 1461 et la population y augmente ensuite, atteignant une forte densité aux XVIIe–XVIIIe siècles, ce qui contraint à construire en hauteur et à multiplier les tribunes.
La synagogue subit plusieurs campagnes de restauration aux XVIIe et XVIIIe siècles ; une seconde tranche de travaux, menée de 1774 à 1776, donne l'aspect actuel de la salle de prière du premier étage, caractérisée par une décoration intérieure de style rococo avec des ferronneries italianisantes. Durant la Révolution, l'édifice est temporairement utilisé comme salle d'assemblée du club local et son mobilier est déposé et vendu à l'automne 1794 ; lorsque la communauté retrouve le temple en 1800, la salle est complètement dépouillée, mais une partie du décor est vraisemblablement reconstituée au XIXe siècle. Les boiseries destinées aux rouleaux de la Torah sont un don d'Abraham Alphandéry daté de l'année hébraïque 5567 (1807‑1808).
La synagogue demeure un lieu de vie communautaire : elle comprend, en plus de la salle de prières, un mikvé profond de dix mètres, un fournil pour la cuisson des pains azymes et une cour intérieure qui servait à l'abattage rituel. La salle de prière, de plan carré, est entièrement lambrissée et ornée de pilastres doriques supportant une frise de triglyphes et métopes. À l'extérieur, la façade de 1909 présente l'aspect d'un bâtiment classique sur deux niveaux au‑dessus du rez‑de‑chaussée ; elle est enduite et les encadrements évoquent la taille de pierre, tandis que la seule ouverture du rez‑de‑rue est une porte massive en bois ; une niche sur l'arche conserve le fauteuil du prophète Élie et une plaque de marbre rappelle l'histoire du lieu.
Classée au titre des monuments historiques depuis 1924, la synagogue a fait l'objet d'interventions de conservation dès cette date, l'architecte Henri Nodet signalant l'urgence de travaux au niveau des couvertures et des dépendances. Les moyens limités de la communauté permettent d'abord des réparations ponctuelles, comme la reconstruction en 1936 de la hotte du four à pains azymes et la remise en état du dallage de la courette. Une première grande restauration est conduite de 1955 à 1958 par l'architecte en chef Jean Sonnier, avec un concours financier de Louis Schweitzer ; les travaux concernent la couverture et la charpente, la consolidation des maçonneries, le remplacement de linteaux de bois par des poutrelles métalliques, la remise en état des plafonds en plâtre sur roseaux et la restauration du décor intérieur, notamment le plafond étoilé et les couleurs des lambris. Des désordres structurels réapparaissent autour de 1979–1981 (effondrement partiel de voûtes, de toitures et d'un plancher) ; une étude approfondie est alors confiée à Dominique Ronsseray, architecte en chef des monuments historiques, et les travaux engagés aboutissent à une politique d'interventions systématiques dès 1986 afin d'assurer la sauvegarde durable du monument.
Le 28 mai 2017, la communauté a célébré le 650e anniversaire de la synagogue en présence du grand‑rabbin de France et de représentants des cultes chrétiens et musulmans de Carpentras.