Origine et histoire de la Synagogue
La synagogue consistoriale de Metz, située rue du rabbin Élie Bloch dans le centre-ville de Metz (Moselle), est un lieu de culte juif inscrit aux monuments historiques depuis le 6 décembre 1984. Son inauguration, le 30 août 1850, s’inscrit dans la longue histoire des Juifs en Lorraine, éclairée par des figures telles que Rabbénou Guershom. Une communauté juive se forma à Metz en 1595 et une première synagogue fut érigée sur le site en 1609 (ou 1619). Le 25 septembre 1657, le roi Louis XIV visita la synagogue de Metz, devenant le premier souverain français à se rendre dans un lieu de culte juif. Une deuxième synagogue, accompagnée d’une école talmudique dirigée par des rabbins renommés comme Shaagas Aryeh, fut construite en 1716. En 1782 le comte de Provence, futur Louis XVIII, visita la synagogue de Metz et loua les connaissances du rabbin Aryeh Leib Gunzberg, déclarant honorer la vertu sans distinction de religion. En 1785, l’Académie des arts et sciences de Metz posa la question de l’utilité et du bonheur des Juifs en France ; l’abbé Grégoire fut l’un des lauréats. La communauté choisissait ses rabbins dans le Saint-Empire ou en Pologne ; parmi eux figure une succession de savants dont Moïse Cohen Narol (1649-1659), Jona Théomin Frankel (1660-1669) venu de Prague, Gerson Oulif (1670-1693) et Gabriel Eskelis (1694-1703) venu de Cracovie. En 1743 la communauté dut remettre au Parlement une traduction du code religieux qu’elle appliquait, et en 1759 les magistrats royaux retirèrent aux rabbins certaines prérogatives civiles. En 1829 il fut décidé d’établir à Metz une école rabbinique consistoriale, officialisant une yéchiva existante ; cette école fut transférée à Paris en 1859. La place devant la synagogue porte le nom du poète Gustave Kahn, natif de Metz.
Dès 1839 le Consistoire envisagea la construction d’un nouvel édifice ; la population juive de Metz était alors estimée à 2 400 âmes en 1842. Selon l’Annuaire de la Moselle (1850-51), le temple mesure 40 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur, s’élève du sol de six marches et comprend une nef flanquée de bas-côtés précédée d’un porche avec trois doubles portes réservées aux hommes. Au-dessus des bas-côtés s’élèvent deux rangs de galeries et trois galeries se trouvent au-dessus du porche pour les femmes, desservies par deux entrées particulières. La façade principale présente cinq grandes arcades avec pilastres ; les trois arcades centrales servent d’entrées pour les hommes, les deux arcades en avant-corps donnent accès aux entrées féminines, et des fenêtres ornées de colonnettes occupent l’élévation. La tribune des chantres est placée au milieu de la nef, élevée de deux marches et entourée d’une grille en fonte ouvragée, contrairement à d’autres synagogues où elle se trouve à l’avant. L’arche sainte, engagée dans le mur du fond et élevée de trois marches, est encadrée par quatre colonnes soutenant un cintre orné et une voûte sculptée, surmontée d’un fronton ; ses portes sont garnies d’un parokhet de velours rouge brodé d’or et décorées intérieurement et extérieurement de peintures rehaussées d’or. Une chaire à prêcher finement sculptée est appuyée contre l’un des piliers de la nef et l’intérieur était autrefois éclairé par 400 becs de gaz sur des candélabres et des lustres en cuivre de style byzantin. La synagogue fut dotée d’un orgue en 1897, rénové par Frédéric Haerpfer en 1934 puis par Haerpfer-Erman en 1965. Les archives départementales ainsi que les archives et la bibliothèque municipales conservent des documents importants relatifs aux Juifs de Metz et de la région, notamment le Memorbuch, le dossier du procès de Raphaël Lévy et des documents liés au Grand Sanhédrin de 1807.
Pendant l’annexion de la Moselle l’édifice fut dégradé et profané mais préservé, et le grand rabbin Nathan Netter rouvrit la synagogue à la fin de 1944. Aujourd’hui l’édifice est toujours utilisé comme lieu de culte et sert également de centre hébraïque. Une campagne de restauration, lancée en 2023 pour une durée de deux ans, bénéficie du soutien de la Fondation du Patrimoine et du Programme Patrimoine Juif appuyé par la Fondation Edmond J. Safra. Plusieurs études et articles, notamment de Jean-Michel Drui, Ernest de Bouteiller et Jean Daltroff, ont traité de la construction, de l’inauguration et du rayonnement spirituel de la synagogue.