Frise chronologique
2-3 octobre 1941
Attentat du MSR
Attentat du MSR
2-3 octobre 1941 (≈ 3)
Dégâts matériels pendant la Seconde Guerre mondiale.
1810
Création du Consistoire central israélite
Création du Consistoire central israélite
1810 (≈ 1810)
Institutionnalisation des communautés juives par Napoléon Ier.
29 juin 1819
Ordonnance royale de Louis XVIII
Ordonnance royale de Louis XVIII
29 juin 1819 (≈ 1819)
Autorisation de construire la synagogue.
1822
Inauguration de la première synagogue
Inauguration de la première synagogue
1822 (≈ 1822)
Construite par Sandrié de Jouy.
1850
Fermeture pour insécurité
Fermeture pour insécurité
1850 (≈ 1850)
Bâtiment menacé d’effondrement.
1er avril 1852
Inauguration de la synagogue actuelle
Inauguration de la synagogue actuelle
1er avril 1852 (≈ 1852)
Reconstruction par Alexandre Thierry.
1986
Première protection patrimoniale
Première protection patrimoniale
1986 (≈ 1986)
Inscription aux monuments historiques.
29 avril 2019
Classement définitif
Classement définitif
29 avril 2019 (≈ 2019)
Protection totale du bâtiment.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Synagogue (cad. 03 : 01 AF 89) : inscription par arrêté du 3 juillet 1986 ; La synagogue, en totalité, située 15 rue Notre-Dame-de-Nazareth (cad. AF 89) : classement par arrêté du 29 avril 2019
Personnages clés
| Louis XVIII - Roi de France |
Autorise la construction par ordonnance en 1819. |
| Sandrié de Jouy - Architecte |
Conçoit la première synagogue en 1822. |
| Baron James de Rothschild - Mécène |
Finance la reconstruction en 1852. |
| Alexandre Thierry - Architecte |
Auteur des plans de la synagogue actuelle. |
| Jacques Offenbach - Compositeur |
Dirige le chœur en 1833. |
| Joseph Saks - Grand rabbin |
Déporté et mort pendant la Seconde Guerre mondiale. |
Origine et histoire
La synagogue Nazareth, située au 15 rue Notre-Dame-de-Nazareth dans le 3e arrondissement de Paris, est la plus ancienne des grandes synagogues parisiennes encore en activité. Elle trouve ses origines en 1810, lorsque la communauté juive ashkénaze de rite allemand, alors installée rue Sainte-Avoye (actuelle rue du Temple), est contrainte de quitter les lieux en 1818 après une expulsion par son propriétaire. Grâce à une ordonnance royale de Louis XVIII en 1819, le Consistoire israélite de Paris acquiert un terrain entre les rues Neuve-Saint-Laurent (aujourd’hui rue du Vertbois) et Notre-Dame-de-Nazareth pour y construire une nouvelle synagogue, inaugurée en 1822.
Conçue par l’architecte Sandrié de Jouy, cette première synagogue, capable d’accueillir plusieurs centaines de fidèles, présente rapidement des défauts structurels majeurs. En 1848, le bâtiment menace de s’effondrer, conduisant à sa fermeture en 1850 et à sa démolition. Une nouvelle synagogue, financée en partie par le baron James de Rothschild, est alors édifiée selon les plans de l’architecte Alexandre Thierry. Inaugurée le 1er avril 1852, elle se distingue par son style néo-mauresque, son orgue innovant pour l’époque, et ses galeries réservées aux femmes, soutenues par des colonnettes en fonte.
La synagogue Nazareth joue un rôle central dans la vie religieuse parisienne au XIXe siècle. Elle abrite le siège du Consistoire central israélite de France et sert de résidence aux grands rabbins de France et de Paris jusqu’en 1875. Le compositeur Jacques Offenbach y dirige le chœur pendant six mois en 1833, et l’actrice Rachel la fréquente régulièrement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est victime d’un attentat en 1941 par le Mouvement social révolutionnaire (MSR), causant des dégâts matériels. Le grand rabbin Joseph Saks et son épouse, arrêtés lors de cette période, périssent en déportation.
Après la guerre, la synagogue change de rite pour devenir séfarade, reflétant l’arrivée massive de Juifs originaires d’Afrique du Nord dans le quartier. Classée monument historique en 1986 puis en 2019, elle conserve des éléments remarquables comme une horloge aux signes du zodiaque (endommagée lors de la tempête de 1999), une rosace ornée d’une étoile de David, et des plaques commémoratives rappelant son histoire. Les rénovations menées vers l’an 2000 ont restauré les peintures intérieures, les vitraux et le mobilier liturgique d’origine, dont un orgue et des lustres à chandelles.
Architecturalement, la synagogue se caractérise par une façade sobre à trois travées, surmontée d’un fronton crénelé et d’une devise républicaine gravée autour de la porte d’entrée. À l’intérieur, la salle de prière, pouvant accueillir jusqu’à 1 200 fidèles, comprend deux étages de galeries pour les femmes, utilisées uniquement lors des grandes fêtes. Les douze fenêtres symbolisent les douze tribus d’Israël. Malgré son nom atypique — choisi pour éviter la référence chrétienne de la rue — la synagogue Nazareth reste un témoignage majeur du patrimoine juif parisien et de son évolution depuis le XIXe siècle.