Frise chronologique
1752
Construction et bénédiction
Construction et bénédiction
1752 (≈ 1752)
Bénédiction de la première pierre par l’évêque.
22 avril 1754
Titre de manufacture royale
Titre de manufacture royale
22 avril 1754 (≈ 1754)
Lettres patentes signées par le roi.
1770
Changement de direction
Changement de direction
1770 (≈ 1770)
Druilhet et Darribeau prennent la relève.
1774
Crise épizootique
Crise épizootique
1774 (≈ 1774)
Pénurie de peaux affecte la production.
milieu XIXe siècle
Fermeture définitive
Fermeture définitive
milieu XIXe siècle (≈ 1950)
Fin de l’activité de tannage.
2006 et 2018
Classement Monument historique
Classement Monument historique
2006 et 2018 (≈ 2018)
Protection des bâtiments et sols.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'ancienne tannerie en totalité avec ses deux cours et l'allée qui y conduit, ses deux portails, son escalier avec sa rampe en fer forgé, ses murs de soutènement au sud, à l'exclusion du bâtiment moderne à l'ouest (cad. CL 1) : inscription par arrêté du 22 février 2006 ; Les parties suivantes de l’ancienne tannerie royale : les façades et toitures de l’ensemble des immeubles, le rez-de-chaussée de la partie occidentale du bâtiment de la parcelle n°6, y compris la galerie souterraine y menant, située sous les parcelles n° 6, 8 et 9, le rempart servant de limite aux parcelles n° 6 et 7, les sols et sous-sols de l’ensemble des parcelles, délimitées en rouge sur le plan annexé à l’arrêté, situées sur les parcelles n°5, 6, 7, 8 et 9 figurant au cadastre section CL : inscription par arrêté du 13 septembre 2018.
Personnages clés
| Pierre Racine - Architecte |
Conçoit les plans néoclassiques en 1752. |
| Frères Duclos - Fondateurs et négociants |
Propriétaires initiaux, obtiennent le titre royal. |
| Joseph Duclos - Directeur |
Gère la manufacture jusqu’aux conflits internes. |
| Druilhet et Darribeau - Repreneurs (1770) |
Assurent la direction après les Duclos. |
| Mgr de Narbonne-Pelet - Évêque de Lectoure |
Bénit la première pierre en 1752. |
| Intendant d’Étigny - Soutien politique |
Facilite l’obtention du titre royal. |
Origine et histoire
La tannerie royale de Lectoure, édifiée en 1752 par l’architecte Pierre Racine pour les frères Duclos, négociants toulousains, est un exemple emblématique d’architecture industrielle du XVIIIe siècle. Implantée au pied des remparts médiévaux de Lectoure (Gers), elle exploite une source abondante (Saint-Clair) et la fontaine Diane pour ses activités de tannage. Le site, organisé sur une forte déclivité, intègre des logements, des ateliers et des bassins de fabrication (« à la française », « à l’anglaise »), reliés par des cours et un escalier monumental à double révolution.
La construction, bénie en 1752 par l’évêque de Lectoure, obtient en 1754 le titre de « manufacture royale » grâce à l’appui de l’intendant d’Étigny. Ce statut octroie des privilèges fiscaux et militaires, attirant des ouvriers qualifiés venus de toute l’Europe. La production, destinée aux armées (chaussures, harnachements) pendant la guerre de Sept Ans, décline après 1774 en raison d’une épizootie réduisant l’approvisionnement en peaux. La direction passe alors à Druilhet et Darribeau, avant une vente en 1824.
L’activité cesse vers le milieu du XIXe siècle, victime de la concurrence industrielle. Le bâtiment, partiellement détruit, abrite ensuite une distillerie, un cinéma, puis une maison de retraite. Classé Monument historique en 2006 et 2018, le site conserve son portail en arc de triomphe (1754), ses cours, et des vestiges de remparts. Aujourd’hui propriété privée, il accueille un hôtel-boutique, témoignant de son héritage architectural néoclassique et de son rôle dans l’histoire économique du Gers.
L’architecture, conçue pour une organisation rationnelle, mêle fonctionnalité et esthétique. Le bâtiment principal, doté d’une horloge et de cloches (disparues), domine une terrasse accessible par un escalier orné de la mention « PARLE AV SVISE » (1754), invitant à s’adresser au gardien. Les pavillons convexes et les murs de soutènement soulignent l’intégration du site dans le paysage urbain, entre la plaine du Gers et les remparts. Les plans de Pierre Racine, bien que partiellement réalisés, illustrent l’idéal progressiste des Lumières.
La tannerie s’inscrit dans un quartier historique de tanneurs (Hountélie), où des ateliers artisanaux préexistaient. Les frères Duclos, en rachetant ces structures, créent une usine moderne exploitée par près de 200 ouvriers lors de sa construction. Malgré des conflits internes et des difficultés financières (faillite des associés parisiens en 1758), l’établissement survit à la Révolution. Son déclin s’amorce avec la disparition des Duclos et l’évolution des techniques industrielles au XIXe siècle.
Les éléments protégés incluent les deux cours, les portails, l’escalier en fer forgé, et les sols archéologiques. Les vestiges des cuves et séchoirs, aujourd’hui intégrés à un jardin, rappellent les processus de tannage (« à la jusée »). La tannerie royale de Lectoure reste un rare exemple régional de manufacture royale, célébrée au XIXe siècle comme un modèle d’industrie éclairée par Louis Figuier dans Les Merveilles de l’Industrie.