Origine et histoire du Temple du Donon
Le Donon, sommet le plus méridional des Vosges gréseuses, se situe sur la commune de Grandfontaine (Bas-Rhin), au nord‑ouest de Schirmeck et au sud‑est de Sarrebourg. À 1 008 mètres, le Grand Donon est, avec le rocher de Mutzig, l’un des deux sommets du massif septentrional dépassant 1 000 mètres ; le Petit Donon culmine à 964 mètres et est séparé du Grand Donon par le col entre les Donons (823 m). Le sommet, riche d’une histoire humaine plurimillénaire, est accessible par la RD 392 via le col du Donon puis par des sentiers du Club vosgien.
Les formes anciennes du nom, telles que le latin donnum et des variantes germaniques, renvoient au suffixe -dunum qui signifie d’abord « citadelle » puis « colline, mont » ; selon Du Cange, ce terme latin médiéval désigne un mont ou un col associé à des lieux vénérés, ce que reflète aussi l’usage du suffixe dans Lugdunum (Lyon) et la possible attribution d’un caractère solaire aux deux Donons.
Le Donon s’inscrit dans une crête gréseuse orientée sud‑ouest/nord‑est qui prend naissance au‑dessus de Raon‑l’Étape et se termine au Schneeberg ; il domine la vallée de la Bruche d’environ 700 mètres, présente une silhouette trapézoïdale et se voit depuis les Hautes Vosges et de nombreuses villes mosellanes. La RD 392 contourne le massif par l’ouest et passe par le col du Donon (727 m), tandis que d’autres voies desservent les vallées environnantes.
Le massif constitue un château d’eau naturel : un réseau dense de sources et ruisseaux prend naissance dans un rayon d’environ 8 km et alimente divers affluents du Rhin, vers la Plaine et la Vezouze à l’ouest, les Sarre rouge et blanche et les Zorn au nord, et la Bruche ainsi que plusieurs torrents et rivières vers l’est et le sud. Les nappes aquifères proviennent des unités lithostratigraphiques présentes — nappes superficielles du complexe volcano‑sédimentaire dévonien, du Permien et des niveaux du Trias inférieur et moyen — ; ces eaux sont peu minéralisées, souvent acides (pH mesuré de 4,5 à 6) et nécessitent un traitement avant distribution.
Le massif est formé de buttes gréseuses résiduelles, ciselées dans des conglomérats et grès triasiques reposant sur des roches schisteuses et volcaniques du Dévonien et du Permien ; ces épais dépôts fluviatiles permien‑triasiques ont été érodés pour former les reliefs actuels. Le creusement des vallées s’est opéré principalement au Tertiaire, puis les phénomènes périglaciaires du Quaternaire ont finalisé le paysage, créant cirques glaciaires, niches de nivation et dépôts périglaciaires visibles aujourd’hui.
Les basses Vosges gréseuses présentent une hygrométrie élevée et une pluviométrie importante, avec des hivers longs et des sols généralement pauvres ; la diversité des substrats engendre des sols bruns sur roches volcaniques, des sols oligotrophes ou acides sur grès rouges et des podzols sableux sur grès vosgiens, appauvris par le lessivage sur les fortes pentes. Ces conditions, conjuguées à l’action humaine, expliquent la prépondérance actuelle des conifères, notamment sapin et épicéa, tandis que la hêtraie‑sapinière et un cortège floristique varié subsistent par endroits. Le défrichement pour la création de pâturages, lié à l’implantation d’abbayes et aux usages ruraux, a laissé de nombreux toponymes attestant l’existence de chaumes.
Utilisé depuis le Néolithique comme refuge, le Donon livre des traces d’occupations plus durables à la protohistoire et à l’âge du bronze par la découverte de haches, tessons et meules plates ; l’essentiel du site cultuel date des IIe–IIIe siècles avec un sanctuaire gallo‑romain. Ce sanctuaire comprenait quatre bâtiments en pierre et un édifice circulaire en bois près d’un puits ; certains bâtiments semblaient destinés à l’accueil des fidèles et la construction principale, située sous la corniche sommitale, présentait des pierres d’angle sculptées.
Successivement, des cultes celtiques et gallo‑romains y ont été célébrés, avec des représentations de Mercure souvent associées à un dieu gaulois comme Teutatès, ainsi que des dédicaces à d’autres divinités telles que Taranis, Hécate ou Jupiter ; des pratiques païennes ont perduré au haut Moyen Âge malgré la christianisation progressive menée par les abbayes régionales.
De nombreuses voies anciennes convergent vers le Donon ; le col entre les Donons constituait un passage naturel ouest‑est et accueille une borne gravée dédiée à Mercure, tandis que d’autres chemins, d’origines romaine ou médiévale selon les hypothèses, ont servi au commerce, au transit frontalier et aux pèlerinages régionaux.
Au XIXe siècle, le sommet a servi de point de triangulation géodésique et une pyramide y avait été érigée ; un bâtiment de style gréco‑romain, inspiré de formes mégalithiques et destiné à abriter des découvertes archéologiques, a été édifié au sommet sur l’initiative du docteur Bédel et par l’architecte Louis‑Michel Boltz, et demeure l’emblème du lieu. Le Donon a aussi été au centre de rivalités territoriales et a conservé un rôle stratégique, notamment lors d’opérations militaires en 1940.
L’exploitation forestière, essentiellement de résineux et de hêtres, constitue une ressource pour la commune de Grandfontaine malgré la croissance limitée des peuplements sur sols gréseux ; le Donon se trouve en forêt domaniale et la plate‑forme sommitale accueille le temple reconstitué ainsi qu’une tour émettrice abritant un centre de radiodiffusion et de télécommunications.