Origine et histoire du Temple du Donon
Le Temple du Donon, situé à Grandfontaine dans le Bas-Rhin, a été érigé en 1869 par l'architecte colmarien Louis-Michel Boltz à l'initiative du docteur Bédel, médecin cantonal. Ce monument néo-classique, inspiré des temples gréco-romains, a été conçu pour abriter des vestiges archéologiques découverts sur le sommet, notamment des objets datant de l'époque gallo-romaine (IIe–IIIe siècles). Son architecture rustique, avec quatre piliers monolithes supportant une toiture en dalles de pierre, évoque une inspiration mégalithique.
Le mont Donon, culminant à 1 008 mètres, est un site sacré depuis la protohistoire. Occupé dès le Néolithique, il abritait un sanctuaire gallo-romain dédié à des divinités comme Mercure (assimilé au Teutatès gaulois) et Vogesus, un dieu local associé aux forêts vosgiennes. Les fouilles du XXe siècle, notamment celles menées par Jean-Jacques Hatt en 1938, ont révélé des bâtiments cultuels, des stèles, et des objets attestant de son importance religieuse pour les peuples celtes (Médiomatriques, Triboques, Leuques).
Le sommet a également joué un rôle stratégique et symbolique à travers les siècles. Au XIXe siècle, il servait de point de triangulation pour les géomètres, comme Cassini, et fut temporairement annexé par l'Allemagne en 1871 pour son contrôle militaire. En juin 1940, le 43e corps d'armée français y établit une position défensive lors de la retraite face aux troupes allemandes. Une légende locale, rapportée par Léopold Hugo, affirme que Victor Hugo y aurait été conçu en 1802, bien que cette anecdote reste non vérifiée.
Le temple, classé Monument Historique en 1898 (pour le musée) et 1934 (pour le sommet), incarne aujourd’hui le patrimoine culturel et naturel des Vosges. Son emplacement offre une vue panoramique sur la région, tout en rappelant son histoire millénaire, marquée par des cultes païens, une christianisation progressive, et une exploitation forestière intensive depuis le Moyen Âge. Le site reste un lieu de mémoire et de randonnée, géré par la forêt domaniale de Grandfontaine.
Architecturalement, le temple se distingue par sa simplicité et sa robustesse, avec des colonnes carrées et une toiture en « tas de charge ». Son style, bien que néo-classique, intègre des éléments évoquant les constructions anciennes, en harmonie avec le paysage gréseux et les vestiges qu’il protège. Les matériaux locaux, comme les grès vosgiens, renforcent son ancrage dans le territoire.
Le Donon, souvent considéré comme le « toit des Vosges gréseuses », est aussi un château d’eau naturel, alimentant de nombreux cours d’eau du bassin versant du Rhin. Son sous-sol, composé de nappes aquifères peu minéralisées, et son sol acide ont façonné une biodiversité spécifique, dominée par des forêts de résineux. Le site, riche en légendes et en histoire, attire autant pour son patrimoine que pour ses paysages préservés.