Origine et histoire du Temple réformé
Le temple réformé de Sainte-Marie-aux-Mines, construit en 1634, est un rare exemple d’architecture protestante du XVIIe siècle en France. Situé dans le Haut-Rhin, il fut érigé en pleine guerre de Trente Ans, grâce à des dons de fidèles et des emprunts. Sa construction rapide (juillet à septembre 1634) visait à contourner les interdits religieux, d’où l’absence initiale de clocher pour éviter d’attirer l’attention. Le bâtiment, de plan rectangulaire (22,7 x 17,3 m), fut conçu comme une salle simple, éclairée par 18 fenêtres ogivales et dotée d’une chaire centrale, symbole de la prédication réformée.
La Réforme calviniste s’implanta à Sainte-Marie-aux-Mines vers 1550 sous l’impulsion du pasteur Élie et du seigneur Egenolphe de Ribeaupierre, malgré l’opposition des autorités catholiques. Les premiers cultes eurent lieu dans des maisons privées ou des chapelles abandonnées, comme à Fertrupt ou Échéry. La croissance de la communauté, renforcée par l’arrivée de mineurs protestants, rendit nécessaire la construction d’un temple. Celui-ci fut financé par des marchands et des fidèles, et inauguré le 1er octobre 1634, devenant un lieu de culte partagé entre francophones et germanophones.
Le temple connut des tensions entre les deux communautés linguistiques, résolues en 1698 par un arbitrage imposant un partage des lieux. En 1807, un clocher octogonal de 23 mètres fut ajouté, équipé de cloches fondues à Ribeauvillé. Les réparations furent fréquentes (toiture en 1699, 1747, 1782 ; fenêtres en 1810), et des vitraux furent installés en 1907. Le monument, classé en 1994, conserve des pierres tombales du XVIIIe siècle, dont celles de Jean Fattet, juge des mines, et du pasteur Christof Merian.
L’architecture sobre du temple reflète les principes protestants : absence de décoration ostentatoire, chaire centrale, et bancs disposés en fer à cheval. Les galeries en bois, soutenues par des colonnes de grès ou de plâtre, accueillaient les fidèles et l’orgue. Les orgues, initialement installées en 1788 par Joseph Rabiny, furent remplacées en 1847 par celles du facteur Callinet. Malgré les dégâts de la Seconde Guerre mondiale (toiture endommagée en 1940), le temple reste un symbole de la résistance du protestantisme alsacien après la Révocation de l’édit de Nantes.
Le temple abrite des pierres tombales remarquables, comme celle de Maria Rosina Seyler (1703), épouse du pasteur Johann Rudolf Brenner. Ces tombes, intégrées au sol, témoignent de l’importance des familles protestantes locales, telles les Schwengsfeld, influentes dans la région. Le bâtiment, propriété d’une association cultuelle, est toujours en activité et ouvert à la visite, perpétuant un héritage religieux et architectural unique en Alsace.