Frise chronologique
Fin du Néolithique / Chalcolithique
Période de construction
Période de construction
Fin du Néolithique / Chalcolithique (≈ 2770 av. J.-C.)
Création des hypogées funéraires collectifs.
1842 et 1858
Découvertes fortuites
Découvertes fortuites
1842 et 1858 (≈ 1858)
Deux hypogées révélés par des éboulements.
1872
Fouilles du baron de Baye
Fouilles du baron de Baye
1872 (≈ 1872)
Trente-cinq hypogées supplémentaires exhumés.
14 mai 1926
Classement monument historique
Classement monument historique
14 mai 1926 (≈ 1926)
Protection officielle du site et des grottes.
1935–1938
Levée des plans
Levée des plans
1935–1938 (≈ 1937)
Travaux de Pierre Favret et J. Prieur.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Terrains et grottes préhistoriques qu'ils renferment (cad. A 352, 370, 372, 373p) : classement par arrêté du 14 mai 1926
Personnages clés
| Baron Joseph de Baye - Archéologue et fouilleur |
Découvreur de trente-cinq hypogées en 1872. |
| Pierre Favret - Architecte et archéologue |
Auteur des plans (1935–1938) avec J. Prieur. |
| J. Prieur - Collaborateur de Favret |
Participation à la cartographie des hypogées. |
Origine et histoire
La nécropole de Coizard-Joches, aussi appelée grottes du Razet, est un ensemble d’hypogées (tombes souterraines) datant de la fin du Néolithique, situés dans la Marne. Ces sépultures collectives, creusées dans un coteau de craie orienté au sud, furent découvertes progressivement : deux hypogées furent mis au jour fortuitement en 1842 et 1858 lors d’éboulements. À partir de 1872, le baron Joseph de Baye en exhuma et fouilla trente-cinq autres, portant le total estimé à une cinquantaine, bien que les imprécisions documentaires rendent ce chiffre incertain. Tous les hypogées, sauf les n°23 et 24, furent remblayés après étude. Leur disposition en lignes parallèles, avec des ouvertures orientées sud/sud-est, suggère une organisation funéraire structurée.
Les hypogées n°23 et 24, encore accessibles, illustrent l’architecture type : une antichambre (environ 2 m de long) mène à une chambre rectangulaire (4 m sur 3,5 m), avec des banquettes latérales et des retraits muraux. L’hypogée n°23 abrite un bas-relief controversé, surnommé « la gardienne des tombeaux », représentant une figure féminine aux seins marqués, coiffée d’un capuchon et parée d’un collier. Son authenticité fut remise en cause dès sa découverte en raison de sa surface anormalement lisse, suggérant une restauration ou une falsification inspirée des sculptures de l’hypogée n°24, où deux représentations similaires, plus altérées, ornent les parois. Deux haches emmanchées, dont une lame noircie au charbon, complètent les motifs sculptés.
Le mobilier funéraire recueilli par le baron de Baye, aujourd’hui conservé au Musée d’Archéologie nationale (outils en silex, poignard, pendeloque en aragonite) et au Musée de l’Homme (restes anthropologiques), reste difficile à attribuer précisément à chaque hypogée en raison des registres imprécis. Seule une céramique intacte fut signalée pour l’ensemble de la nécropole. Classée monument historique par arrêté du 14 mai 1926, la nécropole fut cartographiée entre 1935 et 1938 par Pierre Favret et J. Prieur. Son étude révèle des pratiques funéraires collectives et un art rupestre local, bien que certaines œuvres, comme « la gardienne », soulèvent des questions sur leur intégrité originale.
Les hypogées de Coizard-Joches s’inscrivent dans un contexte plus large de tombes néolithiques, comparables aux statues-menhirs du sud de la France, bien que leur style et leur conservation diffèrent. La présence de haches sculptées, symboles de pouvoir ou d’outils rituels, et l’orientation systématique des tombes vers le sud-est pourraient refléter des croyances liées au cycle solaire ou à un voyage vers l’au-delà. L’absence de patine sur certains bas-reliefs, comme celui de l’hypogée n°23, contraste avec l’usure naturelle des autres sculptures, alimentant l’hypothèse d’interventions modernes lors des fouilles du XIXe siècle.
La méthode de fouille du baron de Baye, bien que pionnière, souffre aujourd’hui d’un manque de rigueur documentaire, limitant la compréhension fine des rites funéraires pratiqués sur ce site. Les hypogées, creusés à des profondeurs variables (2,75 m à 3,80 m), abritaient probablement des dépouilles accompagnées d’offrandes, comme en témoignent les artefacts retrouvés. Leur classement au titre des monuments historiques souligne leur valeur archéologique, malgré les incertitudes persistantes sur leur état d’origine et leur nombre exact. Le site reste un exemple remarquable de l’architecture funéraire préhistorique en Champagne-Ardenne, aujourd’hui Grand Est.