Origine et histoire du Théâtre antique
Le théâtre antique d'Orange fut construit sous le règne d’Auguste au Ier siècle av. J.-C. par les vétérans de la IIe légion de Jules César, après la conquête de la tribu gauloise des Tricastini en 40 av. J.-C.. Orange, alors nommée Arausio, connut un essor majeur sous Auguste, période durant laquelle ce théâtre — l’un des mieux conservés au monde avec celui de Bosra — fut érigé. Son mur extérieur, long de 103 m et haut de 37 m, impressionna même Louis XIV, qui le qualifia de « plus belle muraille de mon royaume ». À l’origine, un portique précédait cette façade sobre en grand appareil de pierre, divisée en trois niveaux avec des portes rectangulaires et des arcades.
La cavea, capable d’accueillir 9 000 spectateurs, reflétait la hiérarchie sociale romaine. Elle se divisait en trois zones : l’ima cavea (20 gradins, dont 3 réservés aux chevaliers), la media cavea (9 gradins pour citoyens et marchands), et la summa cavea (5 gradins pour esclaves et non-citoyens). L’orchestra, en demi-cercle, était séparée des gradins par un parapet. Des salles superposées servaient d’accueil et de coulisses. La scène, en bois avec une machinerie sous-jacente, dominait l’orchestre de 1,10 m et était ornée d’un mur de scène de 35 m, autrefois décoré de marbres, statues et frises, dont subsistent quelques vestiges comme une statue colossale de 3,50 m (peut-être Auguste, ou du IIe siècle apr. J.-C.).
Fermé en 391 lors de l’édit de Théodose, le théâtre échappa à la destruction grâce à sa réutilisation médiévale. Les princes d’Orange en firent une forteresse au XVIe siècle, puis il abritera des habitations lors des guerres de Religion. Au XIXe siècle, Prosper Mérimée alarma sur son état : « dégradations effrayantes » menaçait ce « monument presque unique ». Les restaurations débutèrent en 1823 sous Prosper Renaux, puis se poursuivirent avec Constant-Dufeux, Daumet, et les Formigé (père et fils). En 1892, Jean Camille Formigé reconstitua les gradins, tandis que Jules Formigé fouilla le pulpitum (1929–1931) et reconstitua les escaliers. Depuis 2006, un toit moderne protège la scène.
Classé Monument Historique dès 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1981, le théâtre est aujourd’hui un lieu culturel majeur. Les Chorégies d’Orange (créées en 1869 sous le nom « Fêtes romaines ») y célèbrent l’opéra depuis 1902, accueillant des stars comme Plácido Domingo ou Montserrat Caballé. Depuis 2019, le Positiv Festival y programme des musiques électroniques, et en 2022 fut lancé l’Orange Metallic Festival (métal symphonique). Des concerts mythiques s’y sont tenus : The Cure (1986, filmé pour The Cure in Orange), Iron Maiden (1981), David Gilmour (2015), ou Hans Zimmer (2016).
Le site, propriété de la ville d’Orange, est désormais géré par Edeis (depuis 2022) dans un projet alliant innovation sonore et patrimoine. Une visite virtuelle reconstitue son aspect en 36 av. J.-C., incluant le velum (toile protectrice romaine). Le périmètre UNESCO fut élargi en 2007 pour inclure la colline Saint-Eutrope, ancienne position stratégique des princes d’Orange. Ce théâtre, où se mêlent histoire antique et modernité, reste un symbole de la civilisation romaine en Provence et un haut lieu de la culture française.