Frise chronologique
Ier siècle
Construction initiale
Construction initiale
Ier siècle (≈ 150)
Premier théâtre adossé à une colline.
IIe–IIIe siècles
Agrandissements majeurs
Agrandissements majeurs
IIe–IIIe siècles (≈ 350)
Reconstruction et extension de la cavea.
Fin IIIe siècle
Transformation en forteresse
Transformation en forteresse
Fin IIIe siècle (≈ 395)
Réutilisation militaire lors des invasions.
1812
Début des fouilles modernes
Début des fouilles modernes
1812 (≈ 1812)
Fouilles destructrices initiales.
1840
Classement monument historique
Classement monument historique
1840 (≈ 1840)
Première liste des monuments protégés.
1908–1915
Fouilles scientifiques
Fouilles scientifiques
1908–1915 (≈ 1912)
Techniques moins invasives appliquées.
2007–2009
Dernière campagne de fouilles
Dernière campagne de fouilles
2007–2009 (≈ 2008)
Étude par Vincenzo Mutarelli.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Théâtre antique (ruines) : classement par liste de 1840
Personnages clés
| Comte de Caylus - Archéologue |
Identifie le théâtre en 1764. |
| François Rever - Chercheur |
Établit le premier plan en 1812. |
| Albert Grenier - Archéologue |
Dirige les fouilles en 1935–1939. |
| Vincenzo Mutarelli - Archéologue |
Mène la dernière campagne (2007–2009). |
Origine et histoire
Le théâtre antique de Lillebonne, situé dans l’ancienne cité de Juliobona (aujourd’hui Lillebonne, Normandie), est un édifice de spectacle construit au Ier siècle en exploitant une colline comme appui naturel. Il subit des reconstructions et agrandissements aux IIe et IIIe siècles, avant d’être transformé en forteresse à la fin du IIIe siècle, lors des invasions germaniques. Seule sa scène, recouverte par une route moderne, n’a pu être étudiée. Classé parmi les premiers monuments historiques français en 1840, il fait l’objet de fouilles intermittentes depuis le XIXe siècle, révélant une structure hybride combinant théâtre et amphithéâtre, capable d’accueillir plus de 5 000 spectateurs.
Le monument se compose d’une cavea (gradins) adossée à une colline au sud, d’une arène ellipsoïdale (47,30 × 35,50 m) et d’un bâtiment de scène non fouillé, partiellement enfoui sous une voie moderne. Quatre phases de construction sont identifiées : un premier théâtre de petite taille rapidement remplacé, suivi de deux états intermédiaires (IIe–IIIe siècles) marquant son extension, puis sa conversion en retranchement militaire. Les maçonneries, en opus mixtum (travertin et briques), incluent des vomitoires (accès) et des galeries périphériques ajoutées pour augmenter la capacité. À la fin du IIIe siècle, des bains sont aménagés dans l’arène avec des matériaux de remploi, témoignant de son usage défensif.
Les fouilles débutent en 1812, initiées par le comte de Caylus (identification en 1764), mais deviennent destructrices avant d’être suspendues en 1840. Elles reprennent par vagues : 1908–1915 (techniques moins invasives), 1935–1939 (dirigées par Albert Grenier), puis après 20 ans d’abandon, de 1960 à 1974 sous Maurice Yvart et Georges Duval. Une dernière campagne (2007–2009), menée par Vincenzo Mutarelli, vise à intégrer le monument dans l’urbanisme moderne. Entre 1940 et 1944, le site est temporairement utilisé comme sépulture pour un commandant allemand. Aujourd’hui ouvert au public, il illustre l’évolution des pratiques archéologiques et l’adaptation des édifices antiques aux besoins militaires.
Le théâtre de Lillebonne se distingue par sa double fonction : scène pour représentations théâtrales (comédies, tragédies) et arène pour combats de gladiateurs ou chasses. Son orientation, dos au soleil, optimisait le confort des spectateurs. Les fouilles ont révélé des murs concentriques, des voûtes en brique, et des traces de réutilisation des matériaux (blocs funéraires dans les bains du IIIe siècle). L’absence de fouilles complètes sous la route limite la connaissance de son bâtiment de scène, mais les études documentaires et les diagnostics du XXIe siècle (2000–2009) ont permis de préciser sa chronologie et son intégration dans la ville antique.
Propriété du département de la Seine-Maritime, le site est protégé dès 1840 et fait l’objet de restaurations ponctuelles. Les interruptions des fouilles (guerres, abandon) ont alterné avec des périodes de redécouverte, comme en 1960, où la végétation envahissante a nécessité un nettoyage avant de nouvelles investigations. Les comptes rendus publiés depuis le XIXe siècle, notamment ceux d’Albert Grenier ou de Vincenzo Mutarelli, soulignent son importance pour comprendre l’urbanisme gallo-romain en Normandie. Aujourd’hui, il constitue un témoignage majeur de l’architecture de spectacle antique dans le nord de la France.