Origine et histoire du Théâtre antique
Le théâtre gallo-romain de Mandeure, daté du Ier siècle, est contemporain du Colisée de Rome. Il fut érigé dans la cité antique d’Epomanduodurum (actuelle Mandeure), au sein d’un vaste ensemble cultuel de dix hectares, incluant un sanctuaire. Son abandon progressif à partir du IVe siècle s’accompagna du réemploi de ses matériaux pour des fortifications du bas-empire. Identifié dès le XVIIe siècle par Schickhardt, il ne fit l’objet de fouilles systématiques qu’à partir de 1819, puis de 1946, révélant une construction en trois phases, peut-être succédant à une arène.
Classé monument historique en 1964 et protégé depuis 1912, ce théâtre est exceptionnel par ses dimensions : 150 mètres de diamètre pour 15 000 à 18 000 places. Adossé à une colline, il combine structures maçonnées et rocher naturel. Les fouilles récentes ont confirmé l’existence d’une façade diamétrale de 30 mètres, ornée d’arcades en grand appareil, divisée en trois parties (deux ailes symétriques de neuf arcades et un centre plein). Les gradins, répartis sur quatre étages (maenianum), abritaient escaliers, couloirs, loges et espaces techniques, tandis que la scène comprenait un orchestra semi-circulaire dallé de calcaire.
L’architecture suit le modèle romain « classique », avec une décoration sur 360 mètres de façades : colonnes corinthiennes, pilastres, entablements lisses et corniches à modillons. Un bâtiment adjacent, relié par une galerie de 50 mètres, suggère un usage monumental, renforcé par des fragments de colonnes et des offrandes. Aujourd’hui en remarquable état de conservation, le site est accessible au public, bien que manquant encore d’accompagnement pédagogique. Un projet de pavillon d’accueil et de jardin archéologique est en cours pour valoriser ce patrimoine.
Le théâtre illustre l’importance d’Epomanduodurum dans l’organisation urbaine gallo-romaine, autour duquel s’alignaient des bâtiments secondaires. Son abandon reflète les transformations de la fin de l’Empire, marquées par le déclin des édifices publics et la réutilisation de leurs matériaux. Les recherches archéologiques, notamment celles publiées dans Gallia (2007), soulignent son rôle central dans la région, entre Avenches et Besançon, au cœur des échanges culturels et commerciaux de l’Arc jurassien.