Origine et histoire du Théâtre de l'Alhambra
Le Théâtre de l'Alhambra de Bordeaux, situé rue d'Alzon près du quartier Meriadeck, trouve ses origines dans les années 1870 avec l'installation d'un cirque sédentaire transformé en café-concert en 1878. Ce lieu polyvalent devint rapidement un haut lieu de divertissement, accueillant spectacles, music-hall et même des compétitions sportives comme la boxe ou le catch. Son apogée architectural intervint en 1910 après une rénovation majeure par l'architecte Jean Tournier, permettant d'accueillir jusqu'à 2 260 spectateurs dans une salle divisée en trois espaces distincts : théâtre, casino d'été et bowling-skating.
Entre septembre et décembre 1914, l'Alhambra joua un rôle historique inattendu en abritant la Chambre des députés, lorsque Bordeaux devint temporairement la capitale de la France pendant la Première Guerre mondiale. Les parlementaires, habitués au Palais-Bourbon, durent s'adapter à un cadre improvisé, comme en témoignent les récits de l'époque décrivant des tribunes montées à la hâte sur la scène. Ce épisode marqua durablement l'histoire du monument, bien au-delà de sa vocation culturelle initiale.
La seconde moitié du XXe siècle marqua le déclin de l'Alhambra. Malgré des tentatives de sauvegarde dans les années 1970 par Eric Bocké et Mme Tichadel, le théâtre ferma définitivement en 1982. Seules ses façades néo-classiques, ornées de mascarons typiques de l'architecture bordelaise, furent préservées et inscrites aux Monuments Historiques en 1984. Aujourd'hui, le site accueille une résidence privée, effaçant presque entièrement l'empreinte de ce lieu qui fut un symbole de la vie culturelle et politique bordelaise.
L'architecture de l'Alhambra reflétait son ambition : une façade en pierre calcaire à deux étages, agrémentée de balcons aux motifs entrelacés et de visages féminins sculptés, dominait la rue d'Alzon. À l'intérieur, la salle principale de 1 975 m2, répartie sur trois niveaux, rivalisait avec les grands théâtres parisiens. Des annexes abritaient bureaux, ateliers et salles de répétition, tandis que des innovations comme un parterre incliné ou un système de bascule pour la scène témoignaient de sa modernité. Ces aménagements disparurent cependant après les démolitions des années 1980, ne laissant que des archives et des photographies pour attester de ce passé fastueux.
Plusieurs personnalités marquèrent l'histoire de l'Alhambra, à l'image de l'architecte Jean Tournier, artisan de sa métamorphose en 1908, ou des hommes politiques comme Jacques Chaban-Delmas et Georges Pompidou, qui y organisèrent des meetings. Le théâtre fut aussi un tremplin pour des artistes de music-hall et des compagnies théâtrales, contribuant à la réputation culturelle de Bordeaux. Son héritage perdure à travers les fonds d'archives, comme ceux de Kléber Harpain, et les études historiques qui documentent son rôle dans la vie bordelaise, entre divertissement populaire et enjeux nationaux.