Origine et histoire du Théâtre
Le théâtre de l'Odéon, situé place de l'Odéon dans le 6e arrondissement de Paris, fut conçu à la fin du XVIIIe siècle par les architectes Marie-Joseph Peyre et Charles De Wailly. Commandé par le marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du roi, il fut érigé sur l’emplacement du jardin de l’hôtel du prince de Condé, cédé pour financer le palais Bourbon. Ce projet, soutenu par Monsieur, frère de Louis XVI, et le comte d’Angiviller, s’imposa malgré l’opposition des Comédiens-Français, menacés de perdre leurs privilèges.
Inauguré en 1782 par Marie-Antoinette, le théâtre accueillit d’abord la troupe du Théâtre-Français. Son architecture néoclassique, inspirée de Palladio, en fit un modèle de théâtre à l’italienne, avec une salle semi-circulaire et un parterre doté de bancs, une innovation critiquée. Le bâtiment devint aussi le cœur d’un nouveau quartier, dessiné par Peyre et De Wailly, où cinq rues convergèrent vers une place semi-circulaire, facilitant l’accès et la mise en valeur du monument.
Le théâtre fut un lieu de tensions politiques et artistiques. En 1784, Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, jugé subversif par Louis XVI, y triompha malgré l’interdiction royale. Pendant la Révolution, il fut rebaptisé « Théâtre de la Nation », puis « Théâtre de l’Égalité », avant d’être détruit par un incendie en 1799. Reconstruit en 1808 par Chalgrin, il rouvrit sous le nom de « Théâtre de Sa Majesté l’Impératrice », mais un nouvel incendie en 1818 nécessita une reconstruction par Pierre Thomas Baraguay.
Au XIXe siècle, l’Odéon devint le « Second Théâtre-Français » sous Louis XVIII, accueillant des triomphes comme ceux de Sarah Bernhardt dans Phèdre (1866) ou Ruy Blas (1872). En 1830, il fut un foyer de l’insurrection des « Trois Glorieuses ». Au XXe siècle, il devint un théâtre national (1971) et un symbole de modernité, marqué par l’occupation de Mai 68 et la direction de Jean-Louis Barrault, qui en fit un lieu expérimental. Classé monument historique en 1947, il est aujourd’hui dirigé par Julien Gosselin (depuis 2024).
L’architecture du théâtre, sobre et monumentale, reflète son rôle central dans la vie culturelle parisienne. Ses façades néoclassiques, sa salle à l’italienne et son intégration urbaine en font un exemple unique de théâtre du XVIIIe siècle. Victime de deux incendies (1799, 1818), il fut à chaque fois reconstruit à l’identique, préservant son héritage. Depuis 1990, il porte le nom d’Odéon–Théâtre de l’Europe, soulignant sa vocation internationale et contemporaine.
Le théâtre abrite également les Ateliers Berthier depuis 2003, une seconde salle modulable installée dans d’anciens entrepôts de l’Opéra Garnier. Ce lieu, dédié à la création et à l’expérimentation, complète l’offre artistique de l’Odéon. Classé EPIC (Établissement Public à Caractère Industriel et Commercial) en 1968, le théâtre reste un acteur majeur de la scène théâtrale française, alliant patrimoine et innovation.