Origine et histoire du Théâtre
Le théâtre du Châtelet, situé place du Châtelet à Paris, a été construit entre 1856 et 1862 par l’architecte Gabriel Davioud, dans le cadre des transformations urbaines du Second Empire menées par le baron Haussmann. Inauguré en 1862 sous le nom de théâtre impérial du Châtelet, il remplaçait les petits théâtres populaires du boulevard du Temple, détruits pour moderniser la ville. Son architecture s’inscrit dans un projet plus large incluant le théâtre de la Ville, de l’autre côté de la place, et la destruction de l’ancienne forteresse du Grand Châtelet, symbole médiéval de justice et de prison.
Au XIXe siècle, le Châtelet était dédié aux spectacles variés : théâtre, opéra, féeries, vaudevilles et bals masqués pendant le Carnaval de Paris. Son plafond, orné de neuf cartouches représentant les arts (danse, comédie, tragédie...), reflétait cette diversité. Après la Commune de Paris (1871), Hippolyte Hostein y relança des pièces à succès comme Le Voyage dans la Lune et introduisit des tarifs réduits pour démocratiser l’accès. À la fin du siècle, le théâtre accueillit les Ballets russes de Diaghilev (1909), marquant un tournant vers la danse et les créations avant-gardistes, avec des œuvres comme L’Après-midi d’un faune (Nijinski, 1912) ou Parade (Satie, 1917).
Au XXe siècle, sous la direction de Maurice Lehmann (à partir de 1929), le Châtelet devint le temple de l’opérette à grand spectacle, avec des succès comme Le Chanteur de Mexico (1951) interprété par Luis Mariano. La programmation s’élargit aux concerts classiques, au jazz et même au cinéma. En 1979, la Ville de Paris en devint propriétaire et lança une rénovation majeure, réduisant la capacité à 2 008 places. Les décennies suivantes virent se succéder des directeurs comme Stéphane Lissner (1988–1999), qui y invita des artistes comme Pierre Boulez et Patrice Chéreau, et Jean-Luc Choplin (2006–2017), qui y programma des comédies musicales (My Fair Lady) et des créations contemporaines.
Le XXIe siècle fut marqué par des travaux de rénovation (2017–2021, 35 millions d’euros) et des polémiques, comme la nomination controversée d’Olivier Py en 2023. Le théâtre, membre du réseau RESEO pour la promotion de l’opéra, a aussi accueilli les cérémonies des César (2002–2016) et des concerts éclectiques, de Barbara à Muse. Aujourd’hui, il reste un lieu majeur de la culture parisienne, alliant patrimoine historique et innovation artistique.