Origine et histoire
Le Théâtre de Rennes, aussi appelé Opéra, est un édifice né d’un projet urbain ambitieux au XIXe siècle. Conçu par l’architecte Charles Millardet et construit entre 1832 et 1836, il remplace des salles de spectacle éphémères comme la salle du Pigeon (détruite en 1787) ou celle de la Poulaillerie (active jusqu’en 1836). Son implantation face à l’hôtel de ville, dessiné par Jacques V Gabriel, crée une harmonie architecturale : l’avancée du théâtre répond au creux de la mairie. L’opéra, de style à l’italienne, est inauguré en 1836 sous la monarchie de Juillet, symbolisant la volonté de Rennes de rivaliser avec Nantes ou Lorient.
L’incendie de 1856, déclenché par un feu de cheminée, ravage partiellement le bâtiment. Plutôt que de le démolir, la municipalité choisit de le reconstruire à l’identique sous la direction de Millardet. Le théâtre s’intègre alors dans un ensemble immobilier innovant : les Galeries du Théâtre, construites au 2e quart du XIXe siècle, abritent logements et commerces sous une verrière. Ces galeries, sur trois étages, reprennent l’ordonnance de Gabriel. Leur construction utilise même les décombres de l’incendie de Rennes de 1720 pour remblayer la place, aujourd’hui place de la Mairie.
Le plafond de la salle, chef-d’œuvre de Jean-Julien Lemordant (1914), représente une farandole bretonne avec danseurs et sonneurs en costumes traditionnels. Commandé par le maire Jean Janvier, ce Ciel s’inspire de 60 études préparatoires, dont une conservée au musée des Beaux-Arts de Rennes. D’autres décors intérieurs, comme le salon des poilus (1918) attribué à Camille Godet, évoquent la Première Guerre mondiale, bien que mal documentés. Les frères Jobbé-Duval ornent quant à eux le foyer. Ces éléments, ainsi que les façades et toitures, sont protégés par plusieurs inscriptions aux Monuments Historiques entre 1961 et 1983.
Au XXe siècle, l’opéra se modernise : en 1997-1998, 50 millions de francs sont investis pour restaurer le plafond, améliorer l’acoustique et agrandir la scène. Depuis 2009, l’Opéra en plein air diffuse en direct la dernière représentation de la saison sur la place, attirant 6 000 à 8 000 spectateurs. Dirigé par Alain Surrans (2005-2017) puis Matthieu Rietzler (depuis 2018), le lieu reste dédié à l’art lyrique, avec une fréquentation proche des 100 %. Son statut de monument historique (classements de 1961 à 1983) consacre son rôle patrimonial et culturel en Bretagne.
L’immeuble du 11, Galerie du Théâtre, datant de la 1ère moitié du XVIIIe siècle, témoigne de l’histoire précoce du site. La place, successivement nommée Flesselles, du Peuple, aux Arbres, puis du Théâtre (1832), devait initialement accueillir un palais du gouverneur, projet abandonné. Les galeries, avec leurs arcades et toitures protégées, illustrent l’intégration du théâtre dans la vie urbaine : commerce, logement et culture coexistent. Aujourd’hui, l’opéra de Rennes, l’un des plus petits de France, perpétue cette tradition multiséculaire de spectacle vivant au cœur de la ville.