Frise chronologique
238 apr. J.-C.
Spectacles financés par T. Sennius Solemnis
Spectacles financés par T. Sennius Solemnis
238 apr. J.-C. (≈ 100)
25 000 sesterces pour quatre jours de jeux.
120-140 apr. J.-C.
Apogée monumental
Apogée monumental
120-140 apr. J.-C. (≈ 130)
Transformation du théâtre et essor urbain.
Ier siècle apr. J.-C.
Fondation d'Aregenua
Fondation d'Aregenua
Ier siècle apr. J.-C. (≈ 150)
Capitale des Viducasses, sur l'actuelle plaine de Caen.
Fin Ier - début IIe siècle
Construction du premier théâtre
Construction du premier théâtre
Fin Ier - début IIe siècle (≈ 225)
Édifice initial avec scène de 50 m².
Milieu ou fin IIe siècle
Transformation en théâtre à arène
Transformation en théâtre à arène
Milieu ou fin IIe siècle (≈ 261)
Ajout d’une arène pour combats de gladiateurs.
Fin IIIe siècle
Abandon du théâtre
Abandon du théâtre
Fin IIIe siècle (≈ 395)
Incendie présumé et déclin de la cité.
Ve siècle
Perte du statut de capitale
Perte du statut de capitale
Ve siècle (≈ 550)
Fusion administrative avec Bayeux.
1852-1854
Fouilles par Antoine Charma
Fouilles par Antoine Charma
1852-1854 (≈ 1853)
Première exhumation systématique des vestiges.
1980
Protection des vestiges
Protection des vestiges
1980 (≈ 1980)
Classement (Jardin Poulain) et inscription (L'École).
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les vestiges contenus pour partie dans la parcelle 16, lieudit L'Ecole (cad. AE 16) : inscription par arrêté du 6 février 1980 ; Les vestiges contenus pour partie dans la parcelle 17, lieudit Le Jardin Poulain (cad. AE 17) : classement par arrêté du 21 avril 1980
Personnages clés
| Titus Sennius Solemnis - Notable et prêtre viducasse |
Finança des spectacles en 238 apr. J.-C. |
| Antoine Charma - Archéologue (XIXe siècle) |
Dirigea les fouilles de 1852 à 1854. |
| Arcisse de Caumont - Fondateur de la Société des antiquaires |
Hypothèse sur la localisation du théâtre en 1840. |
| Dominique Bertin - Archéologue et historienne |
Étudia la topographie d’Aregenua (1977). |
| Pascal Vipard - Spécialiste de Vieux-la-Romaine |
Analysa le déclin de la cité (2002). |
| Christian Pilet - Archéologue (XXe siècle) |
Prospection magnétique en 1982. |
Origine et histoire
Le théâtre gallo-romain de Vieux, situé dans l’antique Aregenua (capitale des Viducasses), fut construit entre la fin du Ier et le début du IIe siècle. Initialement conçu comme un théâtre classique avec une scène de 50 m2 et une cavea de 67 m de diamètre, il fut transformé au IIe siècle en un édifice hybride intégrant une arène de 610 m2 pour accueillir des combats de gladiateurs (munera). Cette métamorphose, rare en Gaule, reflète l’adaptation des élites locales aux pratiques romaines, tout en révélant des contraintes budgétaires : les gradins en bois, la réutilisation de la pente naturelle et une façade irrégulière témoignent d’une construction économique.
Les fouilles du XIXe siècle, menées par Antoine Charma pour la Société des antiquaires de Normandie, ont exhumé les vestiges entre 1852 et 1854, révélant un édifice de 80 m de diamètre capable d’accueillir entre 5 700 et 7 600 spectateurs. Le théâtre, abandonné au IIIe siècle après un probable incendie, servit ensuite de carrière de matériaux : ses éléments lapidaires (marbres, frises) furent réemployés comme sarcophages dans la nécropole franque du « Grand Champ » aux VIIe-VIIIe siècles. Les vestiges, enfouis à faible profondeur près du lieu-dit « Le Jardin Poulain », sont protégés depuis 1980 (classement partiel pour la parcelle AE 17).
Aregenua, fondée au Ier siècle, connut son apogée aux IIe-IIIe siècles sous les Sévères, avec un essor monumental lié à l’évergétisme de notables comme T. Sennius Solemnis, prêtre et mécène ayant financé des spectacles en 238. La cité, dépourvue de remparts malgré les troubles du IIIe siècle, déclina rapidement : son statut de capitale administrative fut transféré à Bayeux avant le Ve siècle. Le théâtre, symbole de cette romanisation éphémère, illustre aussi le déclin précoce des Viducasses, dont le territoire (2 300 km2) fut absorbé par des réformes impériales tardives.
Les fouilles modernes (XXe-XXIe siècles) n’ont guères approfondi les connaissances acquises au XIXe siècle. Une prospection magnétique en 1982 et des sondages en 1995 ont confirmé la localisation du théâtre, mais son plan reste incomplet (manquent les circulations internes et l’angle sud-est). L’édifice, unique en Normandie par sa double fonction (scène + arène complète), se distingue des théâtres-amphithéâtres gaulois par un remaniement profond plutôt qu’une simple adaptation. Sa forme irrégulière et ses matériaux modestes (calcaire, bois) le rapprochent des modèles de Lillebonne ou Lisieux, reflétant des moyens limités et une main-d’œuvre locale peu expérimentée.
Le quartier du théâtre, périphérique et artisanal, abritait aussi des habitations en pans de bois et la « maison à la cour en U », modeste demeure urbaine. Après son abandon, le site fut réinvesti par une occupation rurale dès le VIIe siècle, sans trace distinctive de son passé romain. Les vestiges, aujourd’hui invisibles mais marqués par une butte près du parking du musée, rappellent l’échec urbain d’Aregenua, dont la population (5 000-6 000 habitants à son apogée) migra vers Bayeux ou des domaines ruraux dès le IVe siècle.
La redécouverte du théâtre s’inscrit dans une longue histoire archéologique : dès 1588, le « marbre de Thorigny » (base de statue mentionnant T. Sennius Solemnis) attesta l’importance du site. Au XVIIe siècle, Nicolas-Joseph Foucault et Antoine Galland explorèrent les thermes, tandis qu’Arcisse de Caumont émit des hypothèses sur la localisation du théâtre en 1840. Les fouilles de Charma, bien que limitées par des moyens financiers (1 700 francs), permirent un plan détaillé, aujourd’hui complété par des méthodes géophysiques. Le site, protégé mais non accessible, reste un jalon clé pour comprendre la romanisation en Basse-Normandie.