Origine et histoire du Théâtre gallo-romain
Le théâtre gallo-romain de Naintré s’inscrit dans le site archéologique du Vieux-Poitiers, une agglomération secondaire (vicus) nommée Briva durant l’Antiquité, située à cheval sur les communes de Naintré et Cenon-sur-Vienne (Vienne, Nouvelle-Aquitaine). Ce monument, construit entre le dernier quart du Ier siècle av. J.-C. et les années 110 apr. J.-C., illustre la volonté des Pictons de rivaliser avec leur capitale, Lemonum (Poitiers), par une parure monumentale ambitieuse. Sa cavea en hémicycle, d’un diamètre de 116 mètres, pouvait accueillir près de 10 000 spectateurs, tandis que sa scène, bien que modeste (8,50 m x 18 m), présentait des éléments architecturaux complexes, comme des chapiteaux corinthiens et un décor architecturé.
Le théâtre connut deux phases majeures : un premier état pré-augustéen, suivi d’une reconstruction entre 175 et 200 apr. J.-C. après un incendie vers 150 apr. J.-C.. Les fouilles, initiées dès le XIXe siècle (De La Massardière, Caillard) et approfondies au XXe siècle (René Fritsch, Christophe Belliard), ont révélé des structures en bois et pierre, des gradins en opus craticium, ainsi qu’un mobilier varié (céramiques sigillées, monnaies de Néron à Hadrien, objets votifs). Le monument, désaffecté au IIIe siècle, fut partiellement réutilisé à des fins domestiques sous le Bas-Empire, avant d’être classé Monument Historique en 1970 (parcelles AX 142-147).
Intégré dans un ensemble urbain orthonormé de 65 hectares, le théâtre de Naintré dialoguait avec d’autres édifices publics, comme un temple rural voisin (lieu-dit Les Berthons) et des insulæ résidentielles. Le site, stratégique à la confluence du Clain et de la Vienne, bénéficiait d’aménagements portuaires (quais, gués) et d’une voie romaine reliant Lemonum à Cæsarodunum (Tours). Son abandon progressif à partir du VIIIe siècle coïncide avec le déclin de Vieux-Poitiers au profit de Châtellerault, marquant la fin de son rôle politique et commercial dans la cité pictonne.
Les découvertes épigraphiques, comme l’inscription gauloise de la Pierre Levée (menhir classé en 1892), évoquent un ratis (gué ou fortin) offert par un notable local, Frontu, fils de Tarbeisa. Ce contexte culturel et religieux, associé à des dépôts d’armes (carnyx, enseignes militaires) dans un sanctuaire protohistorique, souligne l’importance rituelle et guerrière du site avant sa romanisation. Les fouilles subaquatiques récentes (2007-2012) ont confirmé l’existence d’un port fluvial, renforçant l’hypothèse d’un vicus dédié aux échanges et à l’artisanat (bagues en or, céramiques du Centre-Ouest).
Aujourd’hui, le théâtre fait l’objet de visites pédagogiques organisées par la commune de Naintré et l’office de tourisme du Châtelleraudais. Une partie du mobilier archéologique est exposée au musée Auto-Moto-Vélo de Châtellerault, tandis que des associations locales, comme l’Association pour la Sauvegarde du Site Archéologique de Vieux-Poitiers (créée en 1987), œuvrent pour sa valorisation. Les vestiges, partiellement protégés (classement 1970-1971), témoignent d’un patrimoine gallo-romain exceptionnel, à la croisée des influences celtiques et romaines.