Origine et histoire du Théâtre gallo-romain
Le théâtre gallo‑romain des Bardiaux est un monument antique situé au lieu‑dit Les Bardiaux, sur la commune d’Arleuf, au cœur du Morvan (Nièvre). Il a été édifié à la fin du IIe siècle. Le site se trouve à 1,7 km au nord‑ouest d’Arleuf, à environ 5 km à l’est de Château‑Chinon et à 3,3 km à l’est de la rivière Yonne. Installé sur le versant nord de la vallée du Chaz, le théâtre occupe un relief à 590 m d’altitude tandis que la rivière coule à 530 m ; le versant culmine à 680 m, soit un gradient d’environ 12 % qui a servi à l’étagement des gradins. L’orthographe du toponyme a varié dans le temps (Bardaults, Bardiets sur la carte de Cassini). Des découvertes anciennes sont signalées dès le XIXe siècle, et Jacques‑Felix Baudiau rapportait en 1867 que des médailles et objets trouvés aux Bardiaux avaient été vendus en 1857 à un colporteur. Des recherches ont encore lieu au XIXe siècle (Marlot, Luquet). En 1971, le Dr Lucien Olivier, du GRAHM, a ouvert un chantier de fouilles et, grâce à l’intervention de l’entrepreneur Jacques Hédeline et d’une pelle mécanique, des vestiges ont été mis au jour malgré l’épuisement des crédits. De 1972 à 1974, L. Olivier a fouillé les fondations du mur d’enceinte et le bâtiment de scène, décapé l’orchestre et la cavea, et effectué des sondages sur les niveaux d’occupation ; plusieurs maisons ont par ailleurs été identifiées. Le site a été réexaminé en 2013 dans le cadre d’un programme collectif sur les agglomérations antiques de Bourgogne, Franche‑Comté et Champagne méridionale. Une statuette de 16 cm, dite la Dame des Bardiaux, est exposée au musée Rolin d’Autun. Le théâtre lui‑même, implanté sur un niveau d’occupation antérieur, présente un plan rectangulaire dont les angles éloignés de la scène sont arrondis par deux arcs de cercle rejoignant un mur de fond long de plus de 20 m. Il mesure 45 m de long sur 40 m de large, comportait six terrasses servant de gradins et une cavea divisée en cinq niveaux concentriques autrefois pourvus de bancs de bois ; le spectateur dominait la scène de 2 à 6 m. Le périmètre était marqué par un mur d’environ 50 cm d’épaisseur et haut de 40 à 60 cm, et l’orchestre avait un rayon d’un peu plus de 9 m. Le bâtiment de scène, flanqué de deux portes, se compose de trois compartiments ; le compartiment avant a probablement porté un podium en bois. La capacité d’accueil est estimée à 600–700 places et le théâtre servait vraisemblablement aussi pour des réunions publiques et des rituels. L’occupation du site commence au Ier siècle, avec un petit bâtiment et la chaussée d’une voie ; jusqu’en 2004, une seule grande maison avait été fouillée près du théâtre, montrant des traces d’incendie et une réutilisation du lieu. Une seconde grande maison, fouillée dès 1972, a connu deux états ; elle a livré un bassin en planches de chêne doublé d’argile de 2,5 × 1,40 × 0,75 m, destiné à capter l’eau d’une source voisine. Au nord de la route, des bas‑fourneaux en briques disposés à flanc de coteau témoignent d’une réduction du minerai de fer, activité associée localement à la forêt de Montarnu selon Baudiau ; trois bâtiments proches comprennent une structure pouvant être à la fois forge et habitat et un édifice plus soigné qui pourrait avoir été la demeure du maître de l’atelier. Parmi les mobiliers retrouvés figurent une faux en fer (secteur Fougerat), une clochette et une pointe d’aiguillon associées au bétail, des bronzes de char et de la céramique datée des Ve–VIIe siècles dans le bassin en bois du captage Rougelot. Le site se trouve à proximité d’un nœud de voies anciennes : la voie Autun‑Orléans, qui traverse la région via Château‑Chinon et emprunte le col des Paquelins, passe dans l’emprise des Bardiaux et un tronçon de voie coupant le côté ouest du théâtre a été fouillé en 1974 ; son empreinte reste visible sur le couvert végétal en imagerie satellite. Une voie mineure, signalée dans les bois des Brenots et relayée aujourd’hui en partie par la D500, joignait vraisemblablement Bibracte à Alésia et passait à courte distance du côté est du théâtre. Plusieurs auteurs ont proposé d’identifier les Bardiaux au Boxum de la table de Peutinger, mais cette hypothèse n’est pas retenue par des chercheurs tels que Péquinot, Picard et Rolley. Le théâtre est classé au titre des monuments historiques depuis le 8 décembre 1975.