Origine et histoire
Le théâtre municipal de Chartres, construit au XIXe siècle, répondait à un besoin culturel pour la ville, qui n’avait pas de lieu dédié aux spectacles avant 1861. Jusqu’alors, les représentations se déroulaient dans l’église Sainte-Foy entre 1797 et 1857. Le projet fut confié à l’architecte Alfred Piébourg, chargé de concevoir un édifice solide, monumental, et fonctionnel, avec une salle pouvant accueillir 600 spectateurs. Les plans furent approuvés en 1858, et le théâtre fut inauguré le 28 avril 1861, après trois ans de travaux.
La décoration intérieure fut confiée à Antoine Victor Barbereau, dit Saint Léon, qui orna la salle de boiseries dorées, de peintures et de luminaires. Le théâtre adopte le modèle du théâtre à l’italienne, avec une salle en fer à cheval, un plateau en pente, et une machinerie scénique sophistiquée. Les 570 places sont réparties en parterre, deux galeries, et un poulailler, selon une organisation traditionnelle distinguant les côtés cour et jardin, héritée du XVIIe siècle.
Le bâtiment, propriété de la commune, fut inscrit aux monuments historiques en 1984 (à l’exception du foyer). Il illustre l’architecture publique de la fin du XIXe siècle, mêlant utilité civique et ambition esthétique. Aujourd’hui géré par l’association Entracte, il reste un lieu central pour les spectacles, concerts et réunions publiques à Chartres. Son décor d’origine, préservé, en fait un témoignage rare de l’art théâtral de l’époque.
L’architecture extérieure, sobre mais monumentale, s’intègre à la place de Ravenne, bordée par le boulevard Adelphe-Chasles. À l’intérieur, les balcons desservis par des escaliers latéraux, les cariatides en bois doré du dernier niveau, et le plafond peint soulignent le faste discret de l’édifice. Les loges d’acteurs et le logement du gardien, situés derrière la scène, complètent cet ensemble fonctionnel.
Le théâtre de Chartres incarne aussi une transition symbolique : ses termes cour et jardin, adoptés après la Révolution pour remplacer les références monarchiques (côté du Roi et côté de la Reine), reflètent les changements politiques et sociaux de l’époque. Ce lieu, à la fois pratique et symbolique, demeure un marqueur du patrimoine culturel chartrain.