Origine et histoire du Théâtre municipal
Le théâtre municipal de Sens, situé 21 boulevard des Garibaldi, est un édifice public protégé au titre des monuments historiques depuis le 29 octobre 1975. La première salle de spectacle est aménagée pour le marchand Jean-Louis Guyot entre 1793 et 1799 ; elle comprend alors une grande salle de danse avec galerie et orchestre, une salle de spectacle avec loges et parterre, des locaux de service et des combles servant de loges. Acquise en 1824 par François Théodore Clément Lorne puis revendue à la Ville en 1827, elle fait l’objet de multiples projets et travaux du début du XIXe siècle au milieu du siècle, successivement proposés par les architectes municipaux Varnout et Tourneur pour améliorer la salle, ses loges, la scène et les circulations. Varnout présente des devis en 1825 et 1832 visant notamment à réaménager le parterre, créer des rangs de loges et remplacer de lourds poteaux par des colonnes en fonte ; ces projets sont partiellement mis en œuvre. Au milieu du XIXe siècle, des consolidations et transformations sont réalisées pour répondre à des risques d’effondrement et pour moderniser la salle et les dessous de scène. La construction d’un nouveau théâtre, en partie en réemploi du bâtiment existant, est confiée à Horace Lefort et à son associé Roblot ; le projet de 1879 prévoit une nouvelle salle perpendiculaire à l’ancienne, un vestibule, des escaliers en pierre desservant tous les niveaux, des loges et des foyers, ainsi qu’une grande scène et des installations annexes. Les travaux sont adjugés en 1880, la première pierre est posée en 1881 et l’inauguration a lieu le 16 juillet 1882 ; la réception définitive intervient en 1885. Les façades sont retravaillées sur l’avis du Conseil des Bâtiments civils et des dispositions de sécurité sont ajoutées après la catastrophe de Nice en 1881, entraînant des modifications de jauge et d’aménagement intérieur; la décoration et la machinerie scenique sont confiées à des spécialistes sous la coordination d’Augustin Vizentini et de l’architecte de la ville. Dès le début du XXe siècle, le théâtre accueille des projections cinématographiques et s’équipe progressivement d’un éclairage électrique ; les installations évoluent encore pendant la Première Guerre mondiale et l’entre-deux-guerres, avec notamment l’installation d’un chauffage central en 1927 et des rénovations des loges et de la décoration entre 1924 et 1928. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville engage des travaux de mise en sécurité et de réfection : chaudière remplacée en 1949, rideau métallique et dispositifs anti-incendie installés, couverture refaite et installations électriques reprises. Le théâtre connaît une fréquentation décroissante à l’après-guerre mais reste exploité, avec des périodes de fermeture provisoire pour raisons de sécurité dans les années 1960 suivies d’interventions ponctuelles de remise en état. À partir de la fin des années 1970, la Ville décide sa rénovation complète ; une étude préalable est confiée au Bureau d’Études scénographiques de Camille Demangeat et à l’architecte Michel Rioualec, qui présentent un projet intégrant la sécurité, la rénovation de la scène et la modernisation des structures techniques. Les travaux, qui comprennent notamment le remplacement de certaines charpentes par des structures métalliques, la réfection des planchers et de la scène, l’aménagement d’une fosse d’orchestre et la mise en place d’un mur coupe-feu, sont réalisés entre 1980 et 1981. Le théâtre municipal est inauguré le 20 novembre 1981 ; sa jauge actuelle est de 350 places hors places à visibilité réduite. En 2022, il fonctionne avec une équipe réduite et accueille chaque année environ une centaine de représentations, réparties entre programmation propre et activités scolaires ou associatives. Architectoniquement, la salle de plan en U conserve les caractéristiques d’un petit théâtre à l’italienne avec loges d’avant-scène, deux galeries et un foyer situé au niveau de la première galerie ; la construction associe pierres de taille, enduit et couverture d’ardoises, et le décor intérieur a fait l’objet de restaurations successives pour préserver son caractère et son usage public.