Origine et histoire des Thermes
Les thermes de Cluny, appelés thermes du Nord dans l’Antiquité, furent construits entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle sous domination romaine, à l’angle du cardo et du décumanus de Lutèce. Leur édification s’inscrit dans l’urbanisation de la rive gauche de la Seine, alors en plein essor sous l’Empire romain. Ces thermes, typiques des complexes balnéaires romains, combinaient hygiène, loisirs et vie sociale.
À leur apogée, les thermes s’étendaient sur plusieurs hectares, du boulevard Saint-Germain à la rue des Écoles, incluant des espaces dédiés aux bains (froids, tièdes, chauds), une palestre pour les exercices physiques, une bibliothèque et des jardins. Leur architecture exploitait la pente naturelle de la montagne Sainte-Geneviève, avec des salles chauffées par hypocauste et des voûtes monumentales, comme celle du frigidarium (14,50 m de haut). Les thermes subirent leur première destruction en 275 lors des invasions des Francs et des Alamans, marquant le début de leur déclin.
Au VIe siècle, le roi mérovingien Childebert Ier et sa reine Ultrogothe en firent un palais royal, décrit par Venance Fortunat comme une arx celsa (« forteresse élevée »). Les sièges vikings des IXe-Xe siècles (notamment ceux de 845 et 885-887) endommagèrent davantage le site. Au Moyen Âge, les thermes furent progressivement intégrés à l’enceinte de Philippe Auguste (1200-1210), leurs pierres réutilisées pour renforcer les défenses parisiennes.
En 1340, l’ordre de Cluny acquit les ruines et y adossa son hôtel abbatial, transformant une partie des salles en granges ou écuries. Le frigidarium servit même de remises pour diligences au XVIIe siècle, avant d’être occupé par des artisans au XVIIIe siècle. La restauration des thermes débuta en 1810, impulsée par la ville de Paris et l’architecte Quatremère de Quincy, qui fit dégager les ruines des constructions parasites.
Classés monuments historiques en 1862, ils furent associés au musée de Cluny en 1843, devenant un témoignage majeur de la Lutèce antique. Des fouilles archéologiques (XIXe-XXe siècles) ont révélé leur système hydraulique, alimenté par un aqueduc depuis Wissous, et leur organisation spatiale complexe. Aujourd’hui, les thermes de Cluny, avec leur frigidarium aux voûtes intactes et leurs mosaïques fragmentaires, offrent un voyage dans le Paris gallo-romain.
Leur intégration au musée national du Moyen Âge permet de confronter deux époques charnières : l’Antiquité romaine et le Moyen Âge, soulignant la réappropriation médiévale des vestiges antiques.