Origine et histoire de la Tour brune
La Tour Brune d’Embrun est un ancien donjon des archevêques d’Embrun, construit à partir du XIIIe siècle contre le Palais archiépiscopal, près de la cathédrale Notre-Dame. Cette tour carrée, couronnée de merlons et mâchicoulis, incarnait leur pouvoir temporel et protégeait le quartier canonial. Son nom viendrait de tour d’Ambrune, son appellation médiévale. Au fil des siècles, elle servit d’habitation, de dépôt, de prison, et fut modifiée au XVIIe ou XVIIIe siècle par l’ajout de cinq voûtes superposées pour optimiser l’espace, au détriment des circulations verticales.
Classée Monument Historique en 1927, la tour a subi des transformations majeures : sa charpente pyramidale en bois fut remplacée en 1927 par une toiture terrasse à créneaux inspirés du Palais des Papes d’Avignon. Après la Révolution, elle devint réservoir d’eau pour la caserne installée dans l’ancien archevêché. Rachetée par la ville en 1934, elle abrite depuis 1996 un musée du paysage dédié au Parc national des Écrins, offrant une lecture pluridisciplinaire des territoires alpins à travers ses niveaux thématiques.
Les travaux de restauration ont suscité des débats au sein de la Commission supérieure des monuments historiques, notamment sur la destruction des voûtes intérieures (XVIIe–XVIIIe siècles) pour retrouver le volume d’origine. Ce projet, mené par l’architecte en chef Alain Tillier, a permis d’ouvrir le sommet au public et d’y installer une table d’orientation. La tour, parallélépipède de 27 m de haut aux murs de 1,80 m d’épaisseur, conserve des fenêtres en arbalétrières et une ouverture occidentale majeure.
Le concept muséographique, élaboré par Pascale Mottura (Prospective & Patrimoine) sous la direction de l’architecte Bruno Donzet, articule chaque étage autour d’une thématique paysagère : roche et temps (niveau 0), eau et lumière (niveau 1), mémoire de l’espace (niveau 2), hommes et territoires (niveau 3), et pays/paysages (terrasse). Ce musée pionnier, inauguré en 1996, s’appuie sur des partenariats scientifiques pour décrypter les paysages des Écrins, faisant de la tour une porte d’entrée emblématique du parc.
L’ensemble épiscopal, dont la tour est le dernier vestige médiéval, comprend aussi des ailes des XVe–XVIe siècles, transformées en caserne au XIXe siècle. L’ancien archevêché, inscrit aux Monuments Historiques en 2005, témoigne de l’histoire religieuse et militaire d’Embrun, depuis sa fondation comme diocèse en 365 jusqu’à sa suppression en 1801. Les dessins de détenus napoléoniens attestent de son usage carcéral, tandis que les modifications militaires du XIXe siècle ont profondément remanié les cours et bâtiments.