Origine et histoire de la Tour de Cesson
La tour de Cesson fut construite entre 1395 et 1407 sur ordre du duc Jean IV de Bretagne, succédant à des fortifications antérieures remontant possiblement à l’époque gallo-romaine. Implantée sur un éperon rocheux à 70 mètres au-dessus de la baie de Saint-Brieuc, elle avait pour mission de contrôler l’embouchure du Gouët et de surveiller le trafic maritime, tout en protégeant la ville des attaques de pirates. Ses murs épais de trois mètres abritaient un escalier en colimaçon et quatre étages, surmontés d’une plateforme à mâchicoulis. La tour était intégrée à un vaste château fort, aujourd’hui disparu, dont les vestiges incluent des fossés secs et des bastions adaptés à l’artillerie au XVIe siècle.
Durant la Guerre de la Ligue (1588–1598), la tour de Cesson joua un rôle stratégique majeur, passant des mains des ligueurs, menés par le duc de Mercœur, à celles des troupes royales d’Henri IV. En 1598, après un siège de trois semaines mené par le maréchal de Brissac, la forteresse fut démantelée sur ordre royal, bien qu’une partie de la tour fût conservée comme amer pour la navigation à partir de 1625. Les matériaux issus de sa destruction servirent partiellement à combler les fossés, tandis que ses ruines devinrent un repère maritime essentiel pour les navigateurs de la baie.
Au XIXe siècle, la tour fut acquise par Alexandre Olivier Glais-Bizoin, qui y aménagea un manoir et un parc. Classée puis déclassée des Monuments historiques en 1888 à la demande de ses propriétaires, elle fut finalement inscrite en 1926. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands occupèrent le site pour y construire des bunkers, modifiant durablement son paysage. Aujourd’hui, la tour et son domaine, rachetés par la ville de Saint-Brieuc en 2020, font l’objet de projets de restauration et d’ouverture au public, après des décennies d’abandon et un incendie criminel en 2018 ayant endommagé le manoir adjacent.
Les fouilles et études toponymiques révèlent que le château de Cesson, dont la tour est le dernier vestige, s’étendait sur environ 3 hectares et comprenait une basse-cour, des casemates, et une chapelle dédiée à saint Maurice. Les archives mentionnent également son rôle de prison au XVe siècle, comme en témoigne l’emprisonnement de Morice de Ploësquellec en 1423. La tour, construite en moellons et pierre de taille liés à la chaux, illustre l’architecture militaire bretonne de la fin du Moyen Âge, avec ses baies à coussièges, ses cheminées, et son système défensif adapté aux progrès de l’artillerie.
Le site de Cesson, occupé dès l’Antiquité, fut aussi un enjeu durant les conflits entre Bretons et Anglais. Au XIVe siècle, Olivier de Clisson et Jean IV de Montfort s’affrontèrent pour son contrôle, reflétant les tensions politiques de la Guerre de Succession de Bretagne. La tour, symbole du pouvoir ducal, abritait les armoiries de Jean IV et de son épouse Jeanne de Navarre, aujourd’hui disparues. Son histoire reflète ainsi les mutations stratégiques et politiques de la Bretagne, depuis son rôle de résidence seigneuriale jusqu’à sa fonction purement militaire sous Henri IV.
Enfin, la tour de Cesson incarne les défis de la préservation patrimoniale. Son acquisition récente par la ville de Saint-Brieuc marque une étape vers sa valorisation, après des siècles de transformations et de dégradations. Les projets actuels visent à rendre accessible ce monument emblématique, tout en préservant les vestiges archéologiques de son passé fortifié, témoignant de près de six siècles d’histoire bretonne et maritime.