Origine et histoire de la Tour
La tour de Crest, située dans la Drôme, est l’ancien donjon du château médiéval de Crest, édifié entre le Xe et le XVe siècle. Sa base, d’origine romaine (IVe siècle), supporte une structure haute de 52 mètres, parmi les plus imposantes d’Europe après la destruction du donjon de Coucy en 1917. Elle symbolise le pouvoir seigneurial et épiscopal, ayant appartenu successivement aux familles Arnaud, de Poitiers, et aux évêques de Die, avant de passer sous contrôle royal en 1426.
Au Moyen Âge, la tour joue un rôle stratégique lors des conflits régionaux, notamment pendant la croisade contre les Albigeois (1217). Simon de Montfort y assiège la forteresse, alors possession d’Aymar II de Poitiers, allié du comte de Toulouse. La tour devient ensuite un lieu de justice et d’incarcération, surnommée la « Bastille du Sud » pour ses geôles abritant protestants, républicains et opposants politiques du XVIe au XIXe siècle. Ses murs, couverts de graffitis de détenus, témoignent de cette histoire carcérale.
Classée monument historique en 1877, la tour conserve des éléments architecturaux remarquables : un donjon pentagonal du XIIe siècle, une tour quadrangulaire irrégulière du XIVe siècle, et un système de récupération d’eau de pluie. Après sa restauration, elle est ouverte au public depuis 1988, offrant un panorama sur la ville et une plongée dans son passé tourmenté, marqué par les guerres de Religion et les révoltes populaires.
La tour a inspiré des répliques touristiques, comme une maquette en Kapla (2024) ou des scènes historiques en Playmobil, illustrant des événements clés (siège de 1577, évasion de 1759). Ces initiatives soulignent son statut d’emblème patrimonial, mêlant histoire médiévale, architecture défensive et mémoire carcérale.
Son histoire reflète aussi les tensions locales entre seigneurs laïcs et ecclésiastiques. La réunion de la seigneurie sous Aymar VI de Poitiers (XIVe siècle), puis son rattachement au domaine royal (1426), marquent la fin de son rôle militaire. Transformée en prison d’État, elle incarne la répression avant de devenir un site culturel, où les graffitis des détenus – dont celui évoquant d’Artagnan – attirent aujourd’hui les visiteurs.