Frise chronologique
vers 1313
Construction présumée
Construction présumée
vers 1313 (≈ 1313)
Par Raymond de Grésignac après autorisation royale.
29 mai 1314
Autorisation royale de fortification
Autorisation royale de fortification
29 mai 1314 (≈ 1314)
Donnée par Édouard II à Raymond de Grésignac.
1774
Mention sur la carte de Cassini
Mention sur la carte de Cassini
1774 (≈ 1774)
Sous le nom *tour d’Ansouette*.
1er mars 1966
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques
1er mars 1966 (≈ 1966)
Protection officielle du bâtiment.
1981
Début des restaurations modernes
Début des restaurations modernes
1981 (≈ 1981)
Par le propriétaire actuel.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Tour de l'Ansouhaite (cad. AV 313) : inscription par arrêté du 1er mars 1966
Personnages clés
| Raymond de Grésignac - Seigneur et constructeur présumé |
Obtint l’autorisation de fortifier Moulon en 1314. |
| Édouard II - Roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine |
Autorisa la construction en 1314. |
| Mathe Seguin - Propriétaire de La Motte (1313) |
Mentionnée dans un contrat de mariage. |
| Léo Drouyn - Historien et archéologue (XIXe s.) |
Étudia la tour et découvrit des artefacts gallo-romains. |
Origine et histoire
La tour d'Ansouhaite, édifiée au XIVe siècle à Moulon (Gironde), est une maison forte typique de l’Aquitaine médiévale. Construite en pierre dorée locale, elle mesure 14,10 m de long sur 9,30 m de large, avec des murs de 1,05 m d’épaisseur. Son rôle était à la fois défensif (retarder les ennemis) et de guet, surveillant un méandre de la Dordogne sur 5 km. La tour, presque intacte malgré la disparition de ses créneaux, illustre l’architecture militaire rustique mais solide de l’époque.
La tour fut probablement construite par Raymond de Grésignac après avoir obtenu, le 29 mai 1314, l’autorisation d’Édouard II, roi d’Angleterre, de fortifier sa manse de Moulon. Ce contexte s’inscrit dans la politique anglaise favorisant la multiplication des places fortes en Aquitaine par ses vassaux. Auparavant, le centre seigneurial de Moulon était La Motte, une forteresse en bois du XIe siècle située à 1,5 km au nord, devenue obsolète. La tour d’Ansouhaite, mentionnée sous le nom tour d’Ansouette sur la carte de Cassini (1774), tire son nom d’une déformation du toponyme basque Haltzueta (« aulnaie »).
Le site était stratégique : implanté à 1 km au sud-ouest du bourg, sur la route départementale D128, il dominait un méandre de la Dordogne, permettant de signaler les bateaux ennemis avec une heure d’avance. Architecturalement, la tour combine des éléments défensifs (mâchicoulis, meurtrières à embrasures évasées) et résidentiels (fenêtre trilobée). Elle fut inscrite aux Monuments Historiques le 1er mars 1966. Restaurée depuis 1981, elle offre aujourd’hui un exemple préservé des domus fortis médiévales, destinées à la fois à l’habitation et à la surveillance.
La seigneurie de Moulon, souvent redistribuée par les rois d’Angleterre, passa entre plusieurs familles, dont les Grésignac (liés au château de Roquefort) et les Albret. Un contrat de mariage de 1313 mentionne La Motte comme dot, mais le site fut abandonné au profit de la tour d’Ansouhaite, mieux adaptée aux normes militaires du XIVe siècle. Des artefacts gallo-romains (tuiles, pointe de lance) trouvés près de La Motte suggèrent une occupation ancienne du promontoire, mais sans lien direct avec la tour actuelle.
La tour doit son nom actuel à une cacographie du XIXe siècle, inspirée à tort du verbe souhaiter. Les archives locales citent des variantes comme Ansoeta ou Ansouette, reflétant l’évolution linguistique du toponyme basque original. Classée comme domus fortis, elle incarne la transition entre les mottes castrales en bois (comme La Motte) et les maisons fortes en pierre, symboles du pouvoir seigneurial local sous domination anglaise.